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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

La mort du président du Conseil supérieur pour les affaires islamiques et la possible guerre de sa succession permettent de poser un débat beaucoup plus élevé et large à savoir le respect de la laïcité au Tchad. Le caractère laïc de l’Etat ne pose aucun problème à personne dans l’incantation verbale d’autant plus que cela est consacré par la constitution tchadienne. Cependant, la pratique montre que la laïcité est bafouée avant tout par les autorités elles-mêmes. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer deux situations similaires d’immixtions flagrantes du pouvoir dans les affaires religieuses. Il s’agit d’une part, la nomination tous les ans de l’émir du hadj et la désignation par le chef de l’Etat du président du Conseil supérieur pour les affaires islamiques d’autre part. Le respect de la laïcité impose à l’Etat la neutralité vis-à-vis des religions. L’Etat peut accompagner et avoir à la limite un droit de regard sur les activités religieuses pour éviter toutes sortes de dérives possibles mais il ne doit en aucune manière et sous quelque prétexte que ça soit s’arroger le droit de se mêler de près ou de loin à la désignation des chefs religieux.

La proximité de ces derniers avec le pouvoir a pour conséquence de les rendre vulnérables et peu crédibles aux yeux de leurs adeptes. Le gouvernement a plutôt intérêt à laisser les chefs religieux jouer pleinement leur rôle de guide spirituel pour éclairer les consciences et être en position d’autorité morale pour aider les pouvoirs publics lorsque c’est nécessaire. Le Tchad gagnerait a faire vivre de façon harmonieuse la laïcité qui favorise la cohabitation pacifique et la tolérance entre les tchadiens de différentes religions. Le défi de prochaines années sera celui de faire respecter par tous et partout au Tchad, la laïcité sinon ce sera la porte d’entrée des conflits fratricides insupportables. Le 39eme de Parole au peuple est consacré au Conseil supérieur pour affaires islamiques. Kébir Mahamat Abdoulaye se demande ce qu’il faut en faire ? Cela pose la question de la désignation de son président, son fonctionnement et de son rapport avec les autres religions et surtout avec l’Etat.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de tchadiens à tort, le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad (y compris ses différents services sous tutelle) n'est pas une institution de l'Etat mais une organisation associative privée, indépendante et d'utilité publique. Il est important de rappeler que le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad (CSAI) était créé plus tard après la construction par l'Arabie Saoudite (le feu roi Fayçal Ibn Abdelaziz) de la grande Mosquée Roi Fayçal de N'Djaména en 1973, afin d'assurer les activités de cultes musulmans. C'est l'une des belles œuvres du feu Président François NGarta Tombalbaye de confession chrétienne qui a laissé un héritage historique, inoubliable.

Malgré son caractère associatif, privé et indépendant, il était instrumentalisé plus ou moins par les différents pouvoirs successifs à travers la nomination l'imam de ladite mosquée et de facto devient le président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques. Ce traitement de faveur politique que jouissait le CSAI lui conférait une grande influence religieuse, politique, morale dans le pays et de facto le président du CSAI devient non seulement une personnalité religieuse mais aussi politique suivant ses discours politico-religieux auprès des autorités politiques, administratives et des populations. Ce qui a emmené certains de déborder du cadre de leur mission respective pour se livrer à des manipulations politiques et autres activités partisanes au sein de la communauté musulmane. D'où l'absence de la neutralité politique et au sein des courants islamiques qui était souvent observée et évoquée. Aujourd'hui l'autorité religieuse, morale...du CSAI ne fait pas l'unanimité au sein des musulmans en raison de sa domination par la confrérie Tidjanite, son allégeance au pouvoir et obstruction faite aux autres organisations musulmanes non tidjanistes de fonctionner correctement.

Certains présidents pendant leur passage à la tête du CSAI et de leur rôle d'imam de la grande mosquée de N'Djaména ont montré des comportements communément appelé "imam du pouvoir" comme à l'exemple du célèbre Cheick et Moufti de la Syrie, Ahmad Badr El Din El Hassoun. Ils apportaient des soutiens inconditionnels au pouvoir sans exprimer de moindre critique ou reproche face à certaines dérives des régimes auxquels ils observaient une allégeance absolue. En outre la proximité et collusion entre rôle religieux et politique (imam du pouvoir) exercé par les différents présidents du CSAI avaient créé certaines polémiques sur la véritable mission et notamment du vrai statut CSAI. Officiellement l'Etat par son caractère laïc n'accorde aucun financement et aucune subvention au CSAI malgré ses énormes dépenses de fonctionnement et d'investissement. Mais pour assurer son fonctionnement, le CSAI et ses différentes structures sont financés par des donateurs privés nationaux, internationaux et par ses recettes propres.

La question sur les sources de financement surtout extérieur pour la construction des mosquées, écoles, hôpitaux dans le pays fait l'objet de bataille et influence au sein de la communauté musulmane du Tchad. C'est la seconde cause de discordes, polémiques entre le Président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques devenu pratiquement sous la coupe des Tidjanites (une confrérie Soufie de l'islam contemporain crée par Ahmat Tidjani en 1782 en Algérie, avait grandi au Maroc et très présente en Afrique de l'ouest) et les autres groupes comme Ansar Al sounna. Le CSAI dominé par les Tidjanites à sa tête le feu Cheick Hassan Hissein Abakar qui a officialisé son appartenance au Tidjaniya après sa rupture avec les pays du Golfe principalement l'Arabie Saoudite (pays d'une partie de ses études supérieures) et aussi des principaux bailleurs au Tchad comme la construction de l'université Roi Fayçal et autres infrastructures, voulait être le principal interlocuteur et contrôleur de ces financements mais sans base juridique et institutionnel. Ce que les autres organisations sunnites contestent la légitimité et la légalité de cet acte. Il faut rappeler que ces financements extérieurs passent parfois dans l'opacité et produisent des enrichissements personnels au détriment des fidèles musulmans au nom duquel ces ressources étaient mobilisées.

Qu'est-ce qu'il faut faire maintenant ? D'abord il faut clarifier la mission, le statut du CSAI dans le cadre de pluralisme d'activités confessionnelles dans le pays car, la constitution accorde et garanti la liberté des cultes à chaque citoyen dans la tolérance, la paix et toute forme de violence, d'extrémisme au nom de des convictions religieuses en général et de l'islam en particulier doit être rejetée et combattue. Enfin il faut préconiser à travers sa mission et son statut que le Président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad et Imam de la grande Mosquée Roi Fayçal de N'Djaména soit désigné par un autre mécanisme juridico-administratif par un collège d'électeurs que d'être nommé par le pouvoir exécutif notamment par le président de la République. Du moment où cette institution n'est pas un service de l'Etat, sa neutralité et indépendance doivent être préservées de l'influence du pouvoir. Pour être représentatif de toutes les composantes et tous courants de l'islam du Tchad, le CSAI doit être composite dans son organisation, fonctionnement et reflète toutes les sensibilités.

Mahamat Abba Bary se laisse un peu aller : « Ça c'est vraiment une sortie ratée et qui n'a aucun rapport avec le sujet. Compare à la fonction publique pour voir sans parler de la prise en otage du secteur privé et des ONGs nationales et internationales. Si on appliquait réellement, le "Equal Employment Opportunity", on saura qui est opprimé au Tchad. Parlons de la structuration du comité à venir, d'une manière objective afin que la situation soit améliorée »

Adem’s Inoua-fils est à l’écoute et participe aussi : « J’apprends beaucoup de vos analyses pertinentes et réelles cher grand frère. A mon avis l'État finance de manière officieuse et il y a une main mise chose qui conduit aux nominations par le PR. La question de laïcité et de deuil national mérite une clarification ou tout un autre débat car, elle crée beaucoup de polémique et confusion. »

Robert Ndjaba sent la tension autour du sujet : « Belle analyse, mais j’ai pu remarquer l’animosité qu’il y avait autour du débat relatif à cette histoire de nomination par l’Etat (dans un pays Laïc) d’une autorité religieuse...C’est à croire que les tchadiens choisissent des sujets particuliers pour montrer leur talents.. »

Adabayo Adam Adam s’est forgé une conviction : « C'est simpliste de dire Etat islamique. Veuillez approfondir votre 'analyse sur laïcité, libertés... Que vous compreniez au pied de la lettre, les examens de ces concepts vous rendront compte de pourquoi la présence ou le droit de regard de l'Etat est justifié. La présence de l'Etat du point de vue de l'ordre public ne dégénèrera le Tchad en autre chose. Vous imaginez l'impossible ! »

Hamit Ahmat Rassadaby encourage :« Après tout, il faut saluer l'initiative du dialogue inter religieux et surtout, il ne faut pas oublier, non plus, le rôle régalien que joue le CSAI dans les dérives des communautarismes religieux qui prennent naissance ces dernières années au Tchad ».

Jean Louis Rousseaux s’interroge et doute:« Les branches commencent par tomber! Cohabitation? C'est de la merde! »

Brahim Adoum pointe du doigt :«Le CSAI n'est plus une organisation religieuse indépendante, elle est instrumentalisé et roule pour le pouvoir, elle doit être apolitique »

Hassan Brahim Mamaï met à nu les pratiques : « Les pays arabes et aussi d'autres qui donnent au CSAI des aides, argent liquide ou de matériels prennent d’autres chemins. Ce ne sont pas tous ceux qui font la propagande pour le compte du parti au pouvoir qui doivent avoir le travail ou de poste de responsabilité le plus important, avoir une personne qui en contact permanant avec les plus hautes autorités du pays ».

Ing Albacha développe sa pensée : « De telles visions qui installent toujours l'ambiguïté dans les têtes de certains et créent aussi des désordres. C'est cette idéologie là que le feu Imam combattait, tous ses messages étaient bien aux sus et aux vues de tout le monde avec des documents à l'appui sur l'idéologie. L’État est le garant de la sécurité des biens et des personnes, donc comment traiter le CSAI d'une association privée, alors que les querelles de nos chefs religieux ou oulémas sont souvent sources de conflit entre les wahabites et les tidjanites? L'État est forcément tenu de résoudre, en cas de problèmes, à travers le CSAI ».

Adabayo Adam Adam : «  Je m'y souscris ».

Choix et commentaire de Moussa T. Yowanga

 

 
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