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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

L’année 2018 s’annonce difficile, un véritable calvaire pour les fonctionnaires tchadiens, qui sont en passe d’être traités comme des brebis sans défense destinées à l’abattoir. La mesure d’abattement des salaires n’est plus seulement une rumeur depuis l’ouverture des négociations entre le gouvernement représenté par le ministère de la Fonction publique et les organisations syndicales. On peut se demander pourquoi le gouvernement a délibérément choisi de garder secret cette importante mesure mettant de facto ses partenaires sociaux devant un fait accompli. Il a fallu attendre que la rumeur s’enfle et devient persistante pour que le ministre des Finances passe à l’aveu en dévoilant le cadeau empoisonné du nouvel an du Père fouettard, Idriss Deby. En plus des 16 mesures d’austérité adoptées en 2016, le gouvernement entend réaliser de coupes sauvages des salaires des personnels civils et militaires, sans avoir préalablement associé et consulté les concernés via leurs représentants syndicaux. Compris entre 5% et 45%, selon les montants de salaire, cet abattement a catégoriquement été rejeté par l’ensemble des syndicats qui appellent le gouvernement à revoir sa copie. On assiste à un dialogue de sourds tellement les points de vue sont éloignés. Les syndicats se montrent vigilants face à un pouvoir machiavélique qui ne respecte jamais ses promesses. Il n’est pas erroné de penser qu’à un moment ou un autre, si les discussions s’enlisent, il tentera le passage en force.

Saignés à blanc par un gouvernement irresponsable, les fonctionnaires seront poussés à la grève, qui n’arrange personne vu le contexte socioéconomique actuel. Les deux parties sont condamnées à jouer franc jeu pour parvenir à la trêve sociale. Aux dernières nouvelles, le gouvernement a présenté à ses partenaires deux nouveaux scénarios. La première option consiste à faire un abattement salarial sans application du décret 687 (celui réduisant les primes et indemnités des travailleurs, de 0 à 35%) au lieu d’un abattement de 5 à 45%, durant les 12 mois de l’année 2018. Cet abattement sera évalué, s’il y a une satisfaction dans l’audit des diplômes, il sera revu à la baisse ou annulé. La seconde option suggère un abattement de 10% à tous ceux qui ont été touchés par l’application du décret 687 et 15% pour ceux qui n’ont pas été touchés, tout en maintenant le décret 687. Le gouvernement doit éviter de verser dans le dilatoire en voulant faire l’économie des propositions des syndicats qui pourraient être salutaires pour la sortie de crise.

On ne le dira jamais assez tant que la corruption et la mauvaise gouvernance ont droit de cité au Tchad, aucune mesure si forte soit elle ne contribuera à endiguer cette crise durablement installée. Les mesures relatives au train de vie de l’Etat doivent également être clairement énoncées, chiffrées pour éviter de rouler les gens dans la farine. Des grandes institutions à la présidence en passant par la primature, les ministères et les ambassades, il est urgent de réaliser des économies et surtout de montrer le bon exemple. Toutes ces mesures ne peuvent être crédibles que lorsqu’elles sont effectivement mises en œuvre et évaluées au bout du compte. Si les efforts ne sont pas équitablement partagés, il faut s’attendre à la grogne sociale. Le 35ème numéro de Parole au peuple vous donne l'opportunité de découvrir les réactions de quelques Tchadiens par rapport à cet avenir sombre et incertain qui se profile à l'horizon pour les fonctionnaires, grâce à des analyses pertinentes devéloppées simultanément par Mahamat Issa Moussa et François Djékombé.   

Mahamat Issa Moussa constate et commente : « Cataclysme. Tsunami dans le traitement des fonctionnaires. Le monde s'effondre sur la tête des tchadiens. Après les indemnités et autres avantages, le gouvernement veut réduire les salaires. Imaginons qu'on impute 5% sur les salaires de moins 60000Fcfa ! Le cap du bateau Tchad qui tangue depuis bientôt trois décennies est mis vers 2003 ».

 François Djékombé, directeur Radio Oxygène nous décrit l'année 2018 au Tchad vu le décret portant « abattement des salaires » : « J'ai bien peur que ce ne soit pas une rébellion ou un coup d’État qui emporte notre président bien-aimé, mais la crise économique. J'ai appris de source digne de foi qu'un décret portant ''abattement des salaires'' des fonctionnaires est dans le circuit des signatures en ce moment et sera rendu public dans quelques jours. Selon les indiscrétions, en fonction du niveau de salaire, la réduction irait de 5% à 45%. Déjà, les syndicats qui auraient eu vent du décret en circulation commencent à affuter leurs armes pour entamer les premières danses de la grève de l'année. Ces danses seront comme la danse du Tango avec un pas en avant et deux pas en arrière. Quand on dit que 2018 sera pire que 2017, les gens se demandaient mais pourquoi ? En voici une des preuves. Après les 16 mesures en 2017, les fonctionnaires tchadiens percevront leur demi-salaire en 2018. Les mêmes qui ont accusé Hissène Habré de crimes économiques pour avoir fui le Tchad avec 7 milliards de F CFA lors de sa chute en 1990, la masse d'argent et de richesse qu'ils ont amassée en 27 ans n'a rien à voir avec le peu de ressources que M. Habré gérait à l'époque avec rigueur pour payer les fonctionnaires, même si on appelait cela demi-salaire. La révolte populaire (R.P) évoquée comme une des solutions à la crise de gouvernance au Tchad risque de s'imposer toute seule quand chacun se rendra compte que le régime l'a poussé à son dernier retranchement et qu'il n'aurait d'autre issue de secours que de bondir sur ceux qui l'encerclent. Personne n'était assez dur dans le gouvernement pour abattre les salaires de 45% et que c'est pour cela que M. Abdoulaye Sabre Fadoul, qui serait vu par Deby comme l'un des hommes du régime les plus durs, à même de tenir tête aux fonctionnaires et aux syndicats aurait été placé au ministère des Finances et du Budget pour mener à bien la mission. Mais la guerre ne fera que commencer, et M. Sabre se demandera mais pourquoi le peule tchadien si amorphe s'est violemment réveillé cette année »

 Nasser Mahamat Akhabache se demande comme pour se rassurer : « Est-ce une source officielle ? Normalement le Président aurait dû l'évoquer lors de son discours ».

 Mahamat Issa Moussa attend de voir mais il se laisse gagner par l’appréhension : « Le fait que le président n'ait pas évoqué ne signifie pas que ce n'est pas plausible. Il n'a pas évoqué beaucoup de choses qui tiennent à cœur les compatriotes. Comme la crise qui frappe durablement le pays. Tu as raison. On attendra voir. Mais si cela se confirme, ça sera fatal ».

 Nasser Mahamat Akhabache redoute déjà le pire : « Ah oui mais ça risque de se confirmer, en 27 ans et nous en sommes là, c'est dommage ».

 Mahamat Issa Moussa se méfie de la tournure des évènements et des dirigeants : « Très dommage. Le régime prend d'autres visages. Ça commence à nous dépasser ».

 Bakhit Wardougou Kougoui s’interroge : « Et nos indemnités de 50%, (80% pour certains) coupées en 2017 alors ? Elles seront restaurées en échange ? »

 Nasser Mahamat Akhabache lui apporte une réponse difficilement acceptable : « Non parce que les nouvelles réductions concernent le salaire brut, donc en tout ils auront opéré 2 réductions »

Mahamat Issa Moussa prévient les autorités : « Qu’ils sachent la crise ne se résoudra pas comme ça. Les vieilles habitudes doivent être corrigées pour sortir la tête de l'eau. Les prédateurs font comme si de rien n'était et ils continuent par détourner les entrées des régies financières. Si l'argent de ces services entraient au trésor, les salaires et les dépenses courantes ne vont pas causer de problèmes ».

Mahamat Issa Moussa ne se fait plus d’illusion tout en pointant l’immobilisme des Tchadiens : « Ceux qui jugent bon de réduire le SMIG ne restaureront pas les indemnités coupées en 2017. Comme les tchadiens sont amorphes, on joue avec leur vie ».

 Bakhit Wardougou Kougoui se demande si la solution envisagée est à la hauteur : « Et en fait tout ça, ils peuvent économiser combien de milliards ? »

 Mahamat Issa Moussa croit à l’inefficacité de la mesure : « Pas une somme colossale. Les fonctionnaires sont devenus un bouc émissaire de la crise. Fin 2016, lors de son adresse au Bureau politique du MPS ; le président insinuait que la part importante des ressources financières était versée dans la paie des salaires. La crise que nous vivons est le résultat de la mauvaise gouvernance. Tout l'argent de l'or noir a été détourné. Le comble est que même après la chute du baril, les prédateurs ne prennent pas conscience et ils se rabattent sur les entrées des régies financières ».

 Yakhoub Chidi fait appel à la providence et s’en prend à la mauvaise gouvernance : « Que le Tout Puissant aide les fonctionnaires, c'est vraiment de n'importe quoi. Tout s’est engendré par la mauvaise gouvernance, dans laquelle on va mentionner la mauvaise gestion financière, le détournement de deniers publics bien organisé. En réalité c'est une crise qui ne trouve pas de solution actuellement parce que c'est une crise organisée et bien planifiée, comme les responsables eux-mêmes sont la cause principale de cette crise ».

 Mahamat Issa Moussa partage les mêmes inquiétudes : « Exactement cher Yakhoub. Ceux qui nous ont mis dans ce pétrin ne sont pas disposés à nous en sortir. La prière est seule qui nous reste ».

Nadjikimo Benoudjita y voit le bégaiement de l’histoire : « Djekombé, il y a comme une allusion nostalgique à une période des plus sombres de l'histoire du Tchad. Celle de la tyrannie de Habré. Ne doit-on pas se garder de pareille référence ? Que tout aille de mal en pis, c'est vrai. Mais n'est-ce pas ce mal originel mal soigné qui s'est dégradé pour conduire au pire ? La perpétuation sous d'autres vocables du régime et système de gouvernance de Habré, voilà ce qu’est celui de Déby. Un système qui à force de prendre sans rien donner ne peut qu'aboutir que sur le mur de l'impasse. Voilà où nous en sommes. Dans un épouvantable cul de sac où les plus forts pour survivre dévoreront les plus faibles ».

Allatan Mbang Zakouma prévient : « Maintenant, les fonctionnaires ne vont pas laisser les secrétaires des syndicats s'amuser. Eux-mêmes, ils vont sentir que trop c'est trop et qu'il faudra mettre fin à cette arrogance de Deby et de son club. Ce n'est pas parce que les tchadiens sont lâches, mais le pays est divisé depuis 1979 par les mêmes qui sont au pouvoir. La tâche de ceux-ci consiste à creuser davantage la division afin de rester longtemps au pouvoir. Surtout lorsque les sudistes se soulèvent contre Deby celui-ci vous dira qu'il s'agit de chrétiens contre les musulmans, ou de sudistes contre les nordistes. Voilà ce qui rend les tchadiens amorphes ou hypocrites à tes yeux. Mais quand il s'agira de protéger le traitement des fonctionnaires, il y aura moins de réticence ».

Mahamoud Mahamoud se sert d’un exemplaire précis pour regretter la résignation comme réponse : «Allatan Mbang Zakouma, même si on te coupe le bras tu ne tenteras rien et je suis sûr que tu feras comme Dadnadji qui avait promis en son temps que son cadavre sera ramassé par les femmes mais le jour de la marche il s’est caché dans sa chambre ».

Moustapha Abdoulaye Moustapha relève le mensonge des gouvernants : « Selon le ministère des Finances et du Budget les éventuelles réductions de salaires répondent est une impérative des partenaires de Bretton Woods l’exigeant de nous, contre la possibilité de continuer à nous payer nos salaires, une masse salariale annuelle en deçà de 348 milliards de FCFA alors que le budget 2017 enregistrait 476 milliards. Autant nous mettre sous tutelle du FMI et de la Banque mondiale avec un bond en arrière de 25 ans pour qu'on goûte encore les fruits amers des ajustements structurels ! »

Ramadan dari Issa dénonce l’amateurisme des dirigeants : « C'est un constat consterné... Visiblement le poisson est en train de se noyer dans son élément naturel ! Alors que sous d'autres cieux des mesures énergiques ont été prises pour circonscrire la crise ! Nous en sommes au 16eme siècle de la pensée économique (physiocratie) ! Maintenant que les cassandres fanfaronnent la fin de la crise économique, d’aucuns à rebrousse poils préconisent des potions conjoncturelles pour venir à bout des carences macroéconomiques structurelles... autant casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre ».

Oumar Ali Moustapha se méfie des ragots : « Rumeurs ou intox ? Au Tchad les rumeurs sont à prendre au sérieux »

Moustapha Abdoulaye Moustapha veut croire qu’il n’en est rien tout en tempérant son optimisme : « Directeur, j'ose croire que c'est une rumeur, jusqu'à preuve du contraire, car si le gouvernement a l'intention de charcuter les salaires des fonctionnaires il le fera au grand jour. Mais, aussi, il faut reconnaître qu'il n'y a pas de la fumée sans feu ».

Bechir Arabi fait le constat d’échec : « Bonsoir à tous ! Vraiment notre situation actuelle est lamentable, le Tchad n'arrive même pas à payer ses fonctionnaires en faisant le rapport masse salariale sur recette fiscale, le ratio est supérieur aux normes instituées par les institutions de Bretton Woods, pourtant ils sont exigeants et ils optent toujours pour la rationalisation des dépenses publiques à travers une gestion plus efficiente des ressources, actuellement la plupart des États ont adopté le budget programme et le Tchad demeure toujours avec l'ajustement structurel qui est aboli depuis une certaines décennies des années. Que ferons-nous pour juguler cette crise sans précédente et où va le Tchad »

Moustapha Abdoulaye Moustapha témoigne du désarroi des fonctionnaires et en appelle à la responsabilité des gouvernants en guise de conclusion à ce débat : « En effet cadet Sidkhi Khalil, les pauvres fonctionnaires nous ont assailli des questions relatives aux éventuels projets de réduction des salaires en se basant sur ce tableau anonyme. Le gouvernement doit apporter des éclaircissements sur ces rumeurs »

Choix et commentaire de Moussa T.Yowanga/Ahmat Zéïdane Bichara

 

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