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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Qantara, le Magazine des cultures arabe et méditerranéenne dans sa parution 105 du mois d’octobre 2017 eut consacré une grande partie de sa publication sur un dossier aussi sensible que les yeux des humains : « L’avenir incertain des Chrétiens arabes ». Ayant mesuré l’importance de ce sujet internationalement utile, votre journal désormais accessible sur http://www.regards-dafricains-defrance.com,publie eut pris l’engagement de publier intégralement certaines interviews réalisées par nos confrères de Qantara. Aujourd’hui la Rédaction porte son choix sur partie traitant des Chrétiens palestiniens. « Qui sont-ils ? » Les réponses à cette question se trouvent dans une interview réalisée au père Rafiq Khoury palestinien né en 1943 à Taybeh, un petit village chrétien en Palestine par Claire Bastier, journaliste pour le compte de ce Magazine des cultures arabe et méditerranéenne. D’après le mini-portrait du Père Rafiq Khoury réalisé par le Qantara. Cet homme a été ordonné prêtre de l’Eglise catholique romaine en 1967. Il a été étudié la théologie pastorale et la catéchétique à Rome, avant d’être nommé responsable de la catéchèse au patriarcat latin à Jérusalem. Il a également été curé de paroisse à Bir Zeit. En 2010, il a participé au synode des évêques pour le Moyen-Orient à titre d’expert du monde arabe et chrétien. Voici ci-dessous l’interview en question du Père Rafiq Khoury.

Qantara : Vous parlez d’Arabes chrétiens plutôt de chrétiens d’Orient. Comment vous définissez-vous ?

Père Rafiq Khoury : Je suis un Arabe, un Palestinien et un Chrétien. En tant qu’Arabe, j’appartiens à ce grand ensemble qui va de l’Atlantique jusqu’au golfe Arabique. Je suis aussi Palestinien, c’est une composante du monde arabe. Et au sein de ce peuple palestinien, je suis chrétien. Je ne peux pas prioriser l’un de ces trois   aspects de mon identité, ce serait insensé. Tout est intimement lié : arabité, palestinité et christianité.

Comment cette christianité est-elle vécue aujourd’hui par les Chrétiens palestiniens ? On voit beaucoup de signes extérieurs, mais qu’est-il de la foi ?

C’est vrai, beaucoup ont des tatouages ou portent ostensiblement une croix. Cette tendance sert à revendiquer son appartenance à une communauté, mais ce n’est pas une tradition palestinienne. Le Chrétien appartient de facto au tissu du peuple palestinien. Je n’aime donc pas parler uniquement de Chrétiens palestiniens : ils ne sont pas une entité à part. Pas plus une minorité chrétienne. Cependant, il est indéniable que certains Palestiniens veulent se définir d’abord comme Chrétiens. Ils ont eu une histoire différente des Chrétiens de Syrie, du Liban ou de Jordanie. Chrétiens et musulmans ont lutté ensemble, notamment depuis l’introduction du sionisme et la création de l’Etat d’Israël en 1948. Ils partagent les mêmes aspirations pour un Etat palestinien indépendant. Nous n’avons pas combattu les uns contre les autres, au contraire. Entre 1917 et 1940, il existait de nombreuses sociétés islamo-chrétiennes.

Depuis 1948 et la création de l’Etat d’Israël, beaucoup de Chrétiens sont partis…

L’immigration chrétienne palestinienne remontre au XIXème siècle, à l’époque ottomane. Notamment grâce à l’ouverture sur l’Occident fournie par l’enseignement chrétien sur place, beaucoup de chrétiens sont partis ; de nombreux descendants de Chrétiens palestiniens de Bethléem et de Beit Jala vivent en Amérique latine. Idem pour Taybeh : ils sont 1400 ici mais plus de 7000 aux Etats-Unis. Le processus aurait dû garder des proportions normales si le contexte politique avait été stable. Mais les bouleversements de 1948 ont accentué le phénomène. Jérusalem comptait alors 29000 Chrétiens, ils auraient dû être 80.000 aujourd’hui. Or ils ne sont plus que 14000 en 1967 et peut-être 10000 actuellement. Leurs descendants habitent désormais Beyrouth, Damas, le Caire ou les Etats-Unis. Actuellement, ici, il n’y a pas de travail ni de perspectives d’avenir pour les jeunes. L’économie palestinienne est sous perfusion israélienne. Cette émigration cessera seulement lorsqu’une solution au conflit israélo-palestinien sera trouvée, lorsque la paix sera établie : alors les Chrétiens reviendront ; ceux qui habitent dans les pays arabes du Golfe ou en Jordanie n’attendent que ça.

« Terre sainte » : l’expression est récurrente chez les pèlerins qui viennent en Palestine. Que signifie-t-elle pour les Chrétiens d’ici ?

Sur chaque centimètre ici, il y a un signe chrétien. Le paysage et les villes parlent de Jésus. Il appartient à cette terre-tout comme Mohamet ou Moise d’ailleurs. Prenons l’exemple de Taybeh : c’est un village par lequel Jésus est passé. Dans l’Evangile de Saint Jean, il est cité sous le nom d’Ephraïm (11,54 : « Jésus se retira dans le désert dans une ville appelée Ephraïm. Là il demeura avec ses disciples. ») Taybeh était entièrement chrétien, ce qui est très rare. Il représente un christianisme ancien, qui s’est établi et développé sur un temps long. Cette Terre Sainte est profondément reliée à l’âme palestinienne. Jérusalem a une place centrale chez les Palestiniens. Perdre Jérusalem, ce serait perdre son âme. Mais notre rapport aux lieux saints, Chrétiens et musulmans, est souvent davantage un rapport d’identitaire qu’un rapport de foi.

Pourtant, ici, Dieu est présent partout.

 C’est vrai. Le religieux joue un grand rôle dans l’âme orientale. Ce qui n’est plus le cas en Occident. Le risque, c’est que le religieux vire au fanatisme. En Occident, vous avez mois de Dieu. En Orient, nous l’avons trop.

Que dire de la crise que traverse actuellement l’Eglise chrétienne locale ?

 C’est une importante question pastorale. En Orient, la foi est un phénomène avant tout sociologique. On est chrétien parce que ses parents et ses grands-parents l’étaient. On s’inscrit ainsi dans une tradition ancienne. Seulement, ce christianisme ne peut plus répondre aux défis actuels. Nous avons désormais besoin de nous définir à partir d’une vocation plutôt que d’une appartenance.

Etes-vous optimiste ?

Ce n’est pas une question d’optimisme mais plutôt d’engagement dans un processus qui sera long. La structure ecclésia en Orient est très hiérarchique, a l’image de la société très patriarcale. Nous ne sommes pas encore dans un christianisme de communion. En cinquante ans de sacerdoce, je constate que la place des laïcs doit être élargie et que les mentalités doivent changer.

Qu’en est-il des vocations religieuses en Palestine ?

Le monde religieux attire peu les jeunes. Beaucoup de vocation viennent de Jordane, où vivent 150000 chrétiens arabes. En Cisjordanie, ils sont 6000, et 120000 en Israël. Mais les chiffres en orient sont mystérieux, ils ont une valeur apologétique et non pas mathématique. Quand on est nombreux, on est plus fort. C’est pourquoi on gonfle souvent les chiffres ici (sourire).

En somme, comment définir l’église d’Orient ?

Une Eglise d’une grande richesse spirituelle et théologique, mais qui reste fermée sur elle-même. Pour être sauvée, elle doit être mise en service de l’homme. Et il faut établir des ponts entre l’Eglise d’Orient et celle d’Occident, qu’un nouveau regard naisse des deux côtés. Le génie des Arabes chrétiens est aussi d’avoir su s’insérer dans le mouvement de l’Histoire et a l’intérieur de la culture arabo-musulmane.En Orient, la communauté est primordiale, mais elle opprime l’individu via la figure du père, du prêtre, du chef de village ou de l’imam. C’est une mentalité patriarcale profondément ancrée. Changer en faveur de plus d’individualité, mais non d’individualisme, prendra du temps.

Que peut-on dire de l’opposition entre tradition et modernité ?

C’est une lutte a laquelle d’orient doit faire face. J’ai parfois l’impression que nous vivons encore sur les restes d’un patrimoine ottoman qui a imprégné la société pendant des siècles et a étouffé la culture arabe locale. La mission actuelle de nos Églises chrétiennes est donc de se libérer de cet héritage turc ottoman.

Et par rapport à l’Occident qui a ensuite exercé sa suprématie ?

L’Occident ne nous a pas aidés. Il nous a divisés pour mieux régner. En même temps, il faut savoir regarder vers l’avenir et se libérer du poids de cette mémoire encombrante. On reste statique si on reste trop sur le passé. C’est l’une de nos faiblesses. A la mémoire, je préfère la prophétie, qui a cette capacité d’aller de l’avant, de se projeter. Et donc de se construire un avenir.

Propos recueillis par Claire Bastier, journaliste

Choix et commentaire de Ahmat Zéïdane Bichara 

 

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