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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

 L’œil de Fabien vous replonge sur la suite des pensées de certains premiers ministres français à propos des médias de leur pays à travers le livre de Raphaëlle Bacqué titré : « L’Enfer de Matignon : ce sont eux qui en parlent le mieux », paru en août 2008 aux éditions Albin Michel. Sur le précédent article, vous avez pu découvrir et lire les propos de Michel Rocard qui diverge de celui d’Alain Jupé. Mais, présentement, vous découvrez respectivement les propos de messieurs Raymond Barre, Dominique de Villepin, Lionel Jospin, Pierre Messmer, Edouard Balladur, qui eurent occupé aussi le poste de premier ministre.

Vous constateriez que les médias peuvent être un atout, un outil de combat d’opinions, de trafic d’influence… pour certains hommes politiques, cependant, cela peut s’avérer un vrai cauchemar pour d’autres. Mais vous lecteurs, que penseriez-vous des médias après la lecture de  l'Oeil de Fabien?

Ainsi, Raymond Barre donne un témoignage très explicatif et d’actualité:«Les campagnes de presse commencent toujours de la même manière. Il y’a un article dans Le Monde le lundi après-midi. L’histoire est reprise par Le Canard enchainé le mercredi, puis par les hebdomadaires et enfin par la télévision. Heureusement, les campagnes ne durent pas, car les médias ont un défaut qui est notre chance : ils manquent de continuité. Pour ma part, j’ai toujours lu la presse, bien que je considère que la médiocrité du débat économique en France est aussi liée à son fonctionnement. Mais ma détente, lorsque j’étais à Matignon, était de lire le grouillement du microcosme dans Le Canard enchainé. Je n’ai jamais vraiment souffert d’être caricaturé. Je lisais d’ailleurs les journaux tous les jours. Ils m’intéressaient prodigieusement. Je lisais également la presse française et la presse internationale. Mais en fait, je faisais une distinction entre les journalistes de grande qualité, dont les commentaires étaient excellents. Ceux-là, j’étais attentif à leurs critiques car je savais qu’ils comprenaient la politique que je faisais et ils m’ont toujours soutenu jusqu’au bout. Il y’aurait parmi eux Jean Boissonnat, François Henri Virieu, Alain Duhamel. Pour le reste, je n’aime pas être méprisant, mais je dois vous dire que j’éprouvais souvent un certain agacement devant un manque de renouvellement intellectuel absolu ».

Dominique de Villepin donne une importance capitale à ce quatrième pouvoir qui est la presse  en ce sens que : « Le rôle de la presse est évidemment très important parce qu’elle est une chambre d’écho. La presse raconte une histoire. Et il est extrêmement difficile de faire abstraction de cette histoire, parce que c’est cette même histoire qui est racontée au peuple français et c’est celle qui est lue par les collaborateurs, par tous ceux qui participent à la vie politique. Donc, ce qui est écrit vaut quasiment force de loi. Même si ce qui est écrit ne correspond pas toujours à la vérité. Donc une phrase reproduite entre guillemets produit son effet psychologique soit sur l’intéressé, soit sur son entourage. Et cela complique considérablement les choses. Or les médias avaient d'emblée décidé, devant cet attelage gouvernemental qui paraissait très curieux, qu’il y’aurait un affrontement entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. C’était le sujet intéressant. Jean-Pierre Raffarin avait lui-même payé un très fort écot à ces difficultés relationnelles parce que la vie politique se polarisait autour de cela. Cela ne correspondait pas toujours à la vérité. Bien des histoires racontées étaient fausses mais néanmoins il fallait compter avec, parce que l’image médiatique dévient pour l’opinion la réalité ».

Alors que Lionel Jospin révèle autrement son jugement à l’égard de la presse : « Je me suis préoccupé des médias et j’ai essayé de communiquer, de dialoguer avec le pays notamment à travers les médias télévisés et un certain nombre de journaux. J’essayais de faire comprendre la politique que nous conduisons avec mon gouvernement. C’est nécessaire… Sans doute. Cependant, j’ai constaté que parfois, dans ce pays, on s’intéresse plus à une phrase qu’à une action durable et forte. La baisse de neuf cent mille chômeurs ne pèsera jamais autant qu’une phrase jugée maladroite prononcée à la télévision. Bah ! C’est une expérience qu’on fait… »

Le témoignage de monsieur Pierre Messmer semble plus intime : « Un jour, Le Point titre en couverture : « Messmer doit partir ». La couverture avait probablement été téléguidée par Jacques Chaban-Delmas… J’ai alors réagi d’une façon non politique mais technique. J’ai convoqué le propriétaire du Point et je lui ai assené : « Vous avez besoin de l’État pour rentrer, comme vous le souhaitez, à Radio Luxembourg. Eh bien, vous n’entrerez pas à Radio Luxembourg. C’est ma réponse ». Et il n’a pas pu entrer. Naturellement, il m’a expliqué qu’il n’y était pour rien, que c’était la faute des journalistes. Mais il m’avait compris et ils n’ont pas récidivé. Ils ont cessé la guerre immédiatement. Vous pouvez prendre les numéros suivants. Parce que je les avais exécutés. Les financiers ne connaissent que l’argent. C’est au portefeuille qu’il faut les toucher. Ils sont sensibles.

Enfin Edouard Balladur croit que: « Lire la presse, ce n’est pas être informé de l’état de l’opinion, mais être informé de l’opinion des journalistes. »

Fabien Essibeye Fangbo

Encadré : Dans le monde moderne, la presse a une place de plus en plus importante, les médias sont beaucoup plus présents dans notre vie quotidienne. Depuis presque un siècle, la radio, puis la télévision et enfin aujourd’hui l’Internet, sont venus s’ajouter à la presse écrite qui date de plus longtemps encore. De l’Afrique en passant par l’Europe, Asie, Amériques et bien d’autres continents, son nombre ne cesse d’augmenter son évolution reflète le besoin que nous avons de constamment nous tenir au courant de ce qui nous entoure. Les informations circulent à grande vitesse et nous pouvons même suivre en direct des évènements qui ont lieu à des milliers de kilomètres.

Pour Charles Girard qui s’est interrogé il y a de cela plusieurs années sur le renouvellement du métier de journaliste et sur les modes de libération démocratique, la presse est l’institution non gouvernementale la plus indispensable et la plus redoutable pour la démocratie, c’est du moins la conviction qui a longtemps animé les discours théoriques et politiques sur la place du journalisme dans les régimes modernes. Indispensable, car, dans des sociétés de grande taille, elle seule peut assurer la découverte et la circulation des informations, la diffusion et la confrontation des opinions, en un mot l’institution des conditions du débat public nécessaire à la formation des volontés individuelles des citoyens. Redoutable, car elle peut aussi, en déformant, sélectionnant ou escamotant ces informations et opinions, exercer une influence néfaste sur la formation de ces volontés. Cette double certitude se voit aujourd’hui ébranlée par le déclin des journaux traditionnels, les défaillances imputées aux organes journalistiques et l’émergence de nouveaux médias facilitant l’accès de tous à une communication contournant des médiations jusqu’ici incontournables. Quel rôle politique peut et doit encore jouer la presse dans des régimes qui se réclament toujours de l’idéal du gouvernement par et pour le peuple, si le contrôle des journalistes sur les moyens de diffusion publique ne cesse de s’éroder ?

 

 

 

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