Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

Géo-localisation

Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

« Pourquoi certains Tchadiens continuent à croire à la lutte armée comme solution alors qu’elle a montré ses limites, échecs ?». Question posée par Kébir Mahamat Abdoulaye

La prise de pouvoir par les armes remonte au coup d’Etat militaire du 13 avril 1975 orchestré par un groupe d’officiers militaires ayant débouché à la mort dans de conditions atroces du premier président tchadien François Ngarta Tombalbaye. Le Frolinat et ses tentacules les Forces armées populaires-FAP de Goukouni Weddeye et les Forces armées du nord-FAN dirigées par Hissein Habré ont contraint le pouvoir de N’Djamena à négocier et signer les accords de Khartoum qui ont propulsé Hissein Habré comme Premier ministre du Gouvernement présidé par Félix Malloum. La suite est tout aussi sanglante faite de guerres civiles et de rébellions qui ont conduit tour à tour Goukouni, Habré et Deby à s’accaparer du pouvoir et de règne en maître absolu. La culture démocratique n’a jamais été au centre des préoccupations de tous ces chefs rebelles.  Ils sont intéressés uniquement par le pouvoir et à toutes sortes de privilèges qu’il leur procure.

Les Tchadiens ne sont pas des va-en guerre, ils aspirent à la paix comme tous les autres peuples. Cependant, ils feront tout le sacrifice possible pour se libérer de la dictature et de l’arbitraire. Lorsqu’un pouvoir se maintient au prix de mensonge, de la division, de l’injustice, de l’accaparement des richesses, des arrestations arbitraires, de tortures, de privations injustifiées de libertés fondamentales etc. et qu’en plus l’espace démocratique se trouve complètement saturé par des obstacles de tous genres, le tout couronné par des élections truquées à répétition, alors la lutte armée devient pratiquement un devoir. La constitution elle-même autorise aux citoyens de s’opposer à toute personne qui se maintiendrait au pouvoir en toute illégalité. Personne ne peut affirmer que toute lutte armée aboutit forcément au renversement du régime en place mais elle peut inverser le cours de l’histoire. Un pouvoir militarisé comme celui du Tchad qui ne respecte aucune règle démocratique ne peut qu’entendre la logique des armes. Tout le reste n’est que baliverne. Et le débat posé par Kébir Mahamat Abdoulaye a le mérité de donner la parole au peuple de s’exprimer en toute liberté.  

Khalil Senoussi Khalil tente de justifier la lutte armée  : « Très bonne question ! La réponse est aussi simple : lorsque la conquête du pouvoir par les urnes n'est pas possible. Pour certains, il faudra avoir recours aux armes pour déloger celui qui vole les suffrages des autres. Et si la lutte armée a été un échec, c'est parce qu'il y a des malentendus entre les chefs. Chasser par les armes celui qui est arrivé au sommet de l'État par les armes, diriger la transition et organiser les élections puis donner le pouvoir à celui que le peuple aura choisi est le souhait de tous ».

Tahir Idriss Arim est du même bord que le précédent intervenant: « le verbe désespérer n'existe pas dans le dictionnaire Tchadien».

Adam Erdi Betchi contredit Kébir qui semble faire les yeux doux au pouvoir : « Pourquoi certains tchadiens continuent à soutenir la tyrannie alors qu'elle a montré ses limites à travers les crimes de sang odieux, la prédation des biens publics, la destruction de tous les piliers de l’État ? Je n'hésiterai pas une seule seconde pour rejoindre la rébellion armée pour chasser le régime et sauver notre pays du désastre actuel. Dans la vie, celui qui a échoué plusieurs fois, ne peut prétendre à un grand succès. Malgré les échecs du passé, le vrai changement démocratique au Tchad ne viendra qu'à travers la rébellion armée. Il est illusoire de croire qu'on peut changer Idriss à travers les urnes ou les manifestations des rues. Pour décanter l'eau, il faut la vibrer. Pour redonner au Tchad son honneur, il faut détruire la tyrannie. Ceux qui pensent qu'on peut chasser Idriss par la voie pacifique sont soit naïfs soit hypocrites ».

 Mamadjibeye De Nako donne les raisons de cette lutte armée en estimant que : « L'exaspération est le dénie de l'espoir. A la violence et humiliation on ne peut répondre que par la violence lorsque la justice n'existe pas ».

Khalil Senoussi Khalil revient pour démontrer en quoi la lutte armée peut encore être efficace : « Le soulèvement populaire est un long processus, qui prend du temps. Un peuple qui ne peut regarder au-delà de son nez ne peut se lever pour exiger le départ de son dirigeant. J'entends par « un peuple qui ne peut regarder au-delà de son nez », c'est celui dont ses droits et devoirs lui sont méconnus. Entre une rébellion armée et un soulèvement populaire pour détrôner un tyran, je préfèrerai le second. Mais le soulèvement populaire est loin d'être une réalité au Tchad. Celui qui n'est pas d'accord, qu'il ait le courage de parcourir toutes les contrées du pays. Qu'il interroge tous les villageois sur l'idée qu'ils ont de leur pays. Je lui promettrai qu'il sera fort ébahi. C’est pour dire que les tchadiens de la brousse en général ne connaissent pas leur statut de citoyens. Ils croient que le pays appartient à celui qui a le pouvoir. Avec de telles idées, on ne peut espérer à un soulèvement populaire ».

 Adji Mahamat Seïd fait une mise au point : « Très bien vu ! Ils confondent patrie et pouvoir, ignorent leurs droits aussi parfois les plus fondamentaux...Au village c'est le monde des fous. On vit dans l'extrême naïveté et l'ignorance depuis fort longtemps ».

Khalil Senoussi Khalil intervient pour la troisième fois : « Et moi ce qui me surprend et me fait mal, c'est lorsque nos compatriotes des villages et ferricks pensent que le Tchad est un bien personnel du président de la République. C’est le manque d'une sensibilisation de conscience nationale ».

Adam Ahmat Khalid estime : « Qu’au Tchad, la lutte armée est un mal nécessaire. Car, pour parvenir au pouvoir par la voie démocratique, Idriss Deby a bloqué toutes les issues, seule la voie de la rébellion armée reste encore ouverte. Donc, il n’y a que deux choix, lutter par les armes pour éjecter le tyran du pouvoir, soit croisés les bras et accepter toutes les humiliations et injustices ».

Souleyman Haggar estime que : « La prise de pouvoir par les armes est beaucoup plus la volonté d’une poignée des déçus que d’une volonté populaire. L’histoire donne très peu d’exemples réussis. Par contre il y a beaucoup d’exemples réussis de changement dû à une volonté populaire. Je ne crois pas que ceux qui prêche la lutte armée reflète une volonté populaire. Je ne crois pas que le Tchad a besoin des sauveurs ni de changer des prédateurs par des nouveaux ».

Malick Douga enchaîne dans le même sens que Souleyman Haggar: « Oui la peur de nouveau prédateur. Comment savoir qu’ils ne seront pas de nouveau prédateurs ? Espérons que le pays irait mieux...je ne dirais pas dans tous les cas ».

Aboubakar Redjeb Dazi s’étonne de la manière où monsieur Kébir à poser sa question : « Pour vous le changement doit tomber du ciel. Vous savez très bien que monsieur Deby n'accepterait jamais le verdict des urnes, et alors le peuple tchadien doit rester sans agir ? »

Souleyman Hagar se rétorque à monsieur Dazi en lui disant que : « le jour où le peuple tchadien ne veut plus du régime en place, il trouvera les moyens de le faire partir sans recourir à une lutte armée. Nous avons beaucoup d’exemples de changement imposé par la volonté populaire sans recourir aux armes ».

Kébir Mahamat Abdoulaye répond à Dazi : « Cher frère Aboubabar Redjeb Dazi, en quoi tu penses que la lutte armée est la meilleure solution sans connaître tous les errements du passé ? Tu sais nous sommes à la dixième voir plus d'expérience de la lutte armée pour la conquête du pouvoir mais en général les résultats ne sont pas meilleurs en termes de mode de gouvernance ».

Nestor Bureau Djimarem pense à : « La déception et le désespoir. Ils se disent qu'ils n'ont rien à perdre ».

Et c’est à cette occasion que Mahamat Idris Mouhyadine arrache la parole pour donner aussi ses raisons relatives à la question de monsieur Kébir : « La lutte armée n'est pas essentiellement ponctuée sur les succès militaires ou la prise du pouvoir, elles consistent également à provoquer un déclic pour équilibrer les rapports de force et d'instaurer une crainte et méfiance vis à vis du bien public, la justice et l'équité ! Ces hommes et ces femmes qui se battent en se sacrifiant aux quotidiens ce qu'ils ont les plus chers à savoir la vie.... C’est pour que les restes de la communauté soient respectées car, nous sommes une société des prédateurs sans état d'âme, cependant pour chasser un prédateur, il faut des prédateurs. À partir de ce constat, j'estime que aucun citoyen ne souhaite la guerre mais, force est de constater qu'il n'en demeure pas moins intéressant que les bruits des bottes fassent réfléchir plus que chacun, les âmes insensibles, les gouvernants aux désarrois du peuple ».

Issakha Issa Kerima Foussarimi se met aussi au rythme de la danse : « Parce qu'il n’y a pas d’autres solutions les élections démocratiques sont triquées vraiment je donne raison à Mamane en disant que les présidents africains sont les plus critiqués, mais ils ont entre 90% à 100% de voix ».

Pour Serge Louatave : « La démocratie a montré, voire dépassé ses limites au Tchad aussi. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Y'a pas que le Tchad comme exemple ».

Tahir Saleh estime de son côté en refusant la violence pour accéder au pouvoir : « Il est vrai qu'aujourd'hui les Tchadiens se sentent frustrer, ils sont asphyxies par le régime au bilan sombre, mais à mon avis faire recours à la violence, n'est pas la solution. Cela nous ramerait à la case de départ ».

Kébir Mahamat Abdoulaye revient au débat pour dire que : « Si on compare le régime de Deby à ceux de la Corée du Nord, Rwanda, Érythrée, Burundi...en matière de la liberté d'expression, démocratie, le régime de Deby est en avance. Par contre si on le compare à ceux du Benin, Sénégal, Malawi, Niger, Ghana. Il est en retard et médiocre ».

Mahamat Guihini Mollo s’appuie sur le passé en déclarant que : « Les luttes armées n’ont généré que des dictatures et ne sont plus une solution. »

En bon débateur, Kébir Mahamat Abdoulaye explique en faisant un rappel historique  : «  Si on observe l'histoire Politique de notre pays suivant les différentes organisations politico-militaires depuis les années 60 jusqu'à nos, les résultats sont décevants en général. Ce phénomène encourage les comportements de la dictature d'une manière ou autre suivant plusieurs formes. Il existe la dictature d'un seul homme, d'un seul parti dominant, d'une minorité...suivant une dose aléatoire de la démocratique, une liberté politique bafouée ou contrôlée. Ceci est observé durant plusieurs décennies c'est à dire depuis 1960 à nos jours. Donc il n'y a pas et n'aura pas de miracle dans la lutte armée ».

C’est là où Aboubabar Redjb Dazi attire l’attention de l’auteur du débat : « Monsieur Kébir, ne mélange pas Rwanda avec ces pays corrompus. Regarder ce qu'a pu faire le Rwanda en peu de temps, réconciliation, changement de langue, scolarisation et développement économique de Rwanda ».

Kébbir Mahamat Abdoulaye répond : « Cher frère Aboubabar Redjeb Dazi, j'ai bien indiqué en matière de liberté d'expression, liberté démocratique et non en matière de la bonne gouvernance économique. Lisez bien avant de répondre ».

Abakar Ali Molimi explique que : « Celui qui ne cède pas face à la raison, cède face à la dissuasion. Pour démocratiser le pays, il faut faire partir Deby et faire partir Deby nous avons deux possibilités : soit la raison, soit la dissuasion. La lutte armée est l'une de deux alternatives ».

Djibrine Khirachi interpelle Kébir Mahamat Abdoulaye : « Ta question est bien posée, mais ton argument était trop court. En effet, pour ta gouverne, le régime actuel que tu qualifies de « modèle » quand ça t'arrange il est issu de cette voie de Boumboum et Coe tu vois, il continue son bout de chemin avec ses nombreux « acquis », Comment ça un échec ? ».

 Ce débat devient intéressant que Baradine s’est vu poussé vers une anecdote : « Pour la petite histoire, il fût un moment où, à l’approche de chaque grande fête à vocation religieuse, les adeptes du grand banditisme incendiaient le marché de la ville d’Abéché. Leur objectif consistait à se confondre aux pompiers, aux prioritaires des boutiques en feu, et à tout le monde rien que pour piller quelques pantalons, chemises etc. en vue de bien fêter !!! Chaque fois que les gens encouragent la conquête du pouvoir au moyen de la violence armée, je me souviens de ce souvenir d’enfance. Mettre le feu sur le Tchad et l’éteindre une fois le pouvoir est conquis ? Ce n’est pas la meilleure option à mon avis ».

 Mahamat Issa Moussa pense que : « Si les tchadiens croient que la lutte armée est la seule solution qui puisse apporter l'alternance c'est parce que le président dit à qui veut l'entendre qu'il n'est pas arrivé au pouvoir par les papiers (entendez le vote) et qu'il ne partira par cette voie. Pour lui, c'est trop simpliste. Il a perdu beaucoup des parents, amis ; dit-il et il considère le pays comme un butin de guerre. C'est ainsi que les scrutins sont tout sauf crédibles, libres et transparentes. C'est naturellement que les compatriotes placent leur espoir à la lutte armée. C'est légitime ».

Kébir Mahamat Abdoulaye en bon orateur oriente le débat vers une sortie :« La question est ce qu'il faut améliorer le système actuel ou revenir à la case de départ ? Ce qui est sûr, Deby finira par partir un jour et d'ailleurs il ne pourra faire encore 27 ans ».

Mahamat Issa Moussa parle en connaissance de cause : « Chasser par les armes celui qui fait obstruction à tout changement légal, constitutionnel. Restaurer une transition à l'issue de laquelle sortira un dirigeant élu démocratiquement. Et ancrer la démocratie dans notre pays. Comme la transition de la Guinée Conakry, du Niger, du Mali et bien d’autres pays africains » :

Allaoui Ben Terap déclare que : « Ceux qui optent pour ça, veulent toujours un régime clanique, fondé par la distribution tribale et ethnique de tous les secteurs économiques et l'asservissement du peuple tchadien ! la lutte armée, verser le sang des civiles et pauvres et dormir tranquillement, c'est l'impunité qui poussent les gens à ces genres de verser le sang d'autrui et s'emparer du pouvoir ! »

Et c’est la fin du débat avec l’intervention de monsieur Abdelbassit Abdelkérim Dago : « Monsieur Kébir n'obligez pas les autres à vous manquer du respect. Très gentiment, je vous le dis par ce que vous considère encore. Le régime actuel est à son point d'échec total. Honte à eux qui les soutiennent ».

Choix et commentaire de Moussa T. Yowanga /Ahmat Zéïdane Bichara

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article