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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Pauline Ades-Mevel, responsable du bureau Union Européenne(UE)/ Balkans qui a signé le communiqué de presse de Reporters Sans Frontières parvenu le mardi 07 novembre 2017 dans notre Rédaction, dénonce l'assassinat le 16 octobre 2017 de Daphne Caruana Galizia, l’une des plus célèbres journalistes de Malte qui avait révélé de nombreux scandales, a provoqué une onde de choc sans précédent au sein de la communauté journalistique maltaise qui hésite aujourd’hui entre céder à la peur ou poursuivre avec détermination sa mission d’informer. Près de trois semaines après l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, des centaines de personnes se sont rassemblées, vendredi 3 novembre 2017, à Malte pour les funérailles de la journaliste et blogueuse anti-corruption.Une journée de deuil national en hommage à la journaliste a également été décrétée par le gouvernement maltais. Ce moment particulier a été l’occasion pour huit grands médias européens représentant l’ensemble de la presse internationale de se mobiliser en demandant dans une lettre ouverte à la Commission européenne l’ouverture d’une « enquête indépendante » sur l’assassinat de Daphne Caruana Galizia.« Le meurtre scandaleux de la journaliste d’investigation maltaise Daphne Caruana Galizia rappelle brutalement les dangers que les journalistes professionnels et les citoyens courent en permanence quand ils s’emploient à mettre au jour la corruption et les comportements illicites des riches et des puissants de ce monde », affirment les signataires. Selon la responsable du bureau Union Européenne(UE)/ Balkans, difficilement concevable au sein de l’Union européenne, ce meurtre est un douloureux signal d’alarme pour l’ensemble de la communauté des journalistes maltais, qui peinent à se remettre du choc.

Au-delà du message de solidarité affiché par les journalistes depuis près de trois semaines jours, la crainte et l’inquiétude sont palpables. « Quand on vise Daphne, il n’y a pas qu’elle qui est visée, c’est beaucoup plus que cela, » explique à RSF un de ses collègues rencontrés à Malte. Même si ce petit territoire de 430 000 habitants connaît avec l’assassinat de Daphne Caruana Galizia son sixième attentat à la voiture piégée en un an, cette attaque a marqué profondément les esprits. « Beaucoup de gens, y compris moi-même, sont encore dans un état de choc. Nous avons perdu notre tranquillité d'esprit, reconnaît l'éditorialiste du Times of Malta, Michael Briguglio. Nous sentons qu'il n'y a personne pour nous protéger ». « L’inquiétude a même gagné tous les Maltais, qui craignent désormais de poster des messages sur leur page Facebook «, précise encore l’un des rares journalistes freelance basé à La Valette qui préfère garder l’anonymat. Cette peur est d’autant plus grande que l’auto-censure était déjà la règle pour de nombreux journalistes vivant sur cette île-État où ils se sentaient « colonisés par une bande d’escrocs au-dessus des lois » pour reprendre les propos de Michael Briguglio. « Certains journalistes préfèrent renoncer à publier leurs articles. Daphne était la seule à demander des comptes, en utilisant le blog qu’elle avait créé pour révéler ces grandes histoires, » confirme aujourd’hui Corinne Vuela, la soeur de Daphne.

Malgré la crainte et les inquiétudes, la détermination des journalistes maltais reste forte d’autant qu’ils se sentent investis d’une mission après la disparition de la journaliste pionnière. « Cette attaque envers l’une des nôtres ne va pas nous contraindre au silence et nous empêcher de remplir notre mission », assure Herman Grech, éditorialiste au Times of Malta online. « Nous, journalistes, sommes là pour donner et redonner de l’espoir à la société et il faut absolument que le gouvernement défende la liberté de la presse et arrête de couvrir les attaques répétées contre les médias, » poursuit-il. Pauline Ades-Mevel de RSF considère que le besoin d’unité, pour lutter contre les maux qui rongent la société maltaise, est jugé d’autant plus nécessaire que l'ombre de la corruption et du crime organisé plane sur le meurtre de la journaliste et sur l'île toute entière. « Il existe à Malte un « underworld », un « monde d’en dessous » qui est un monde de trafic et de corruption. La population maltaise qui rend hommage à la journaliste sait pertinemment que sans la voix des journalistes, il sera difficile de faire la clarté sur certaines réalités de l’archipel », déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone Union européenne de RSF.A Malte, chacun sait qu’aucune vérité ne pourra émerger sans la pression des journalistes qui ont cependant le plus grand mal à exercer leur mission d’information dans un paradis fiscal où règne l’opacité financière et où la législation sur la diffamation s’avère être un obstacle non négligeable. Les responsables politiques maltais n’hésitent pas à engager des poursuites judiciaires quand certaines révélations les mettent en cause ou nuisent à leurs intérêts. Journalistes et médias se retrouvent souvent contraints de payer des dommages et intérêts exorbitants. Daphné Caruana Galizia seule faisait l’objet de 42 procès en diffamation lorsqu’elle a été assassinée. En février dernier, la publication sur son blog d’un article rapportant que le ministre maltais de l'Économie Chris Cardona et son consultant Joe Gerada avaient visité une maison close en Allemagne lors d’un voyage officiel, lui a valu de voir ses comptes bancaires gelés par des mesures conservatoires à hauteur de 47.460 euros tandis que quatre procès en diffamation étaient lancés contre elle simultanément.

En réaction, la journaliste avait dénoncé la disproportion des  mesures prises contre elle et dressait un constat terrible sur l’état du journalisme à Malte: « L'impact négatif de cette démarche sur la liberté de la presse est immense, car ce ne sont pas seulement les poursuites en diffamation dont les journalistes doivent se méfier, mais aussi les mesures de précaution qui gèlent leurs comptes bancaires jusqu'à la conclusion de l'affaire » écrivait Daphne Caruana Galizia sur son blog, avant de conclure:. « Nous ne devrions pas nous étonner de constater le déclin sévère du journalisme à Malte, de découvrir que de moins en moins de gens souhaitent être journalistes, et que ceux-ci ont peur de bien faire leur travail alors que les politiciens corrompus et injurieux remportent la partie ». En juillet 2017, un journaliste maltais signalait à l’organisation, d’après Pauline Ades-Mevel, responsable du bureau Union Européenne(UE)/ Balkans : « La semaine dernière, des journalistes du Times et du Malta Independent ont reçu de sérieuses intimidations de la police et de la justice pour qu’ils révèlent leurs sources. Ils ont résisté et refusé de communiquer ces éléments. Il faut savoir que les sources des journalistes maltais sont elles aussi harcelées par la police qui leur intentent aussi des procès. »La presse maltaise doit aussi composer avec la particularité d’être particulièrement divisée, à l’image de la politique et de la société maltaise, avec d’un côté le Premier ministre Joseph Muscat du Parti travailliste de centre-gauche et de l’autre les nationalistes de centre-droit.« La polarisation est très forte ici et cela a toujours été ainsi, nous avons toujours eu le sentiment que le parti travailliste ou ses supporters percevaient les journalistes comme des ennemis, explique un très proche collègue de Daphne qui préfère garder l’anonymat. Il est possible d’être indépendant et de pas rouler pour l’un ou l’autre des partis, mais quoi qu’il arrive on sera perçu comme appartenant à une famille ou à l’autre. »

Cette polarisation complique encore un peu plus l’exercice du journalisme dans un pays où il n’y a pas d’écoles de journalisme, ni de syndicats de journalistes ou d’organisme fédérant la profession. Pauline Ades-Mevel, responsable du bureau Union Européenne(UE)/ Balkans pense en guise d’une conclusion de ce communiqué de presse de RSF que sur ce point, la page de présentation du site web de l’Institut des journalistes maltais (IGM) est éloquente : « L'Institut des journalistes maltais (IGM) a été fondé sous le nom de The Malta Press Club le 3 novembre 1989. Les tentatives précédentes de créer une association de journalistes ont toutes échoué après quelques mois, des raisons politiques partisanes ayant presque inévitablement contribué à leur chute”, dit le communiqué. Cette association, qui a le mérite d’exister, se contente pour le moment de relayer les attaques contre les journalistes, mais « sans nous défendre, sans que son action porte ses fruits », explique l’un d’eux. Malgré sa faible influence, l’IGM a participé à l'organisation de la grande manifestation du dimanche 22 octobre à Malte et demandé à la justice que les données de Daphne contenues dans ses appareils électroniques demeurent confidentielles et que ses sources soient protégées. La protection des sources de la journaliste qualifiée de « wikileaks à elle toute seule » ... ce sera l’un des nombreux défis à relever pour la communauté des journalistes de Malte, qui occupe actuellement la 47ème place sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières(RSF). 

Ahmat Zéïdane Bichara

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C
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