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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Située géographiquement en plein cœur du désert du Sahara en Afrique de l’ouest, la Mauritanie fait figure d’exception d’être le dernier pays au monde où l’esclavage continue d’exister pourtant il a officiellement été aboli en 1981. La question demeure préoccupante trente-six ans plus tard. Il règne une sorte d'omerta ou de résignation autour de l’existence de l’esclavage. Aujourd'hui, la société mauritanienne est marquée par la pratique d’esclavage dont l’ampleur reste encore mal appréciée. Cela s’explique en partie par l’absence des statistiques fiables concernant ce fait social. Alors que la population mauritanienne est estimée à 4 millions d’habitants, le nombre d’esclaves oscille entre 40 000 à 160 000 personnes. Ces chiffres reposent uniquement sur des estimations. « Ce que je sais, c’est qu’il y en a beaucoup », indique Haby Mint Rabat, jeune dame de 43 ans. Ce sont les révélations d’une ancienne esclave, habitant dans son logement modeste de la périphérie de la capitale qui a accepté de témoigner sur la vie de terreur dont elle a été victime de ses maîtres Maures. «Ils nous frappaient, ils nous humiliaient, ils nous torturaient (…) Notre seul devoir était de travailler pour eux ».

 

Haby raconte qu’elle avait été séparée très jeune de ses parents et de ses frères, à peu près lorsqu’elle avait 7 ans. «Je garderais les troupeaux et j’allais chercher de l’eau », détaille avec précision la femme aux traits saillants tirés par une vie dur de labeur. Haby a fait plusieurs tentatives de fuite mais l’opération a toujours échoué avant d’être libérée par une ONG antiesclavagiste en 2008. Elle finissait toujours par revenir au domicile de ses maîtres car elle était très apeurée et surtout ne savait où aller. « Je ne savais pas comment partir », disait-elle. Elle ne pouvait pas affronter seule la dure réalité de la vie car elle était sans famille, sans éducation et sans argent, et fuir et commencer une nouvelle vie semblait une mission impossible pour Haby. Agé de 72 ans, Boubacar Messaoud a vécu l’esclavage durant de longues années de son enfance dans les champs de Rosso, au sud de la Mauritanie. 

 

«L’esclave chez nous n’est pas enchaîné. Il est libre de ses mouvements, mais attaché par son indication », déclare calmement cet homme assis dans la tranquillité de son jardin. «Votre mère vous éduque comme un esclave, vous apprenez très vite qui vous êtes, on vous le dit », dit-il avec amertume. Malgré une jeunesse passée sous le spectre de la servitude, Boubacar a eu chance que Haby n’a pas eue : ses maîtres lui ont permis d’aller à l’école. Plus tard, il finira par fonder l’association SOS-Esclaves, après avoir obtenu sa liberté. Il compte parmi les figures de proue du mouvement antiesclavagiste dans son pays. Boubacar poursuit son noble combat pour aider les anciens esclaves qui, même étant libres, continuent de faire face à de nombreux obstacles. « On vient en aide à des gens qui se noient », explique celui qui a séjourné en prison  pour ses activités militantes.

 

La vie d’Haby Mint Rabat a changé du tout au tout depuis qu’elle ait retrouvé la liberté. L’ordre des priorités et des préoccupations ont changé également. « Là-bas, je ne me souciais pas de manger. Maintenant, j’ai des responsabilités, j’ai des problèmes à résoudre pour vivre », dit-elle. La situation semble être similaire pour Maatallah Ould Mbeirik, âgé de 42 ans qui a fui en 2002 et s’est battu pendant une dizaine d’années pour rendre libres sa mère et sa sœur. « Quand j’étais esclave, j’étais mal traité, mais j’avais de quoi mangé et boire. Aujourd'hui, je suis lire, mais je n’ai rien », se plaint-il. Les deux affranchis vivent dans la capitale mauritanienne, dans la périphérie de Nouakchott. Ces zones sont caractérisées par une urbanisation sauvage où s’entasse pêle-mêle des populations très démunies qui manquent de l’eau potable et d’électricité. L’esclave est un damné. Il n’est rien et il n’a rien.

 

Les anciens esclaves sont doublement pénalisés d’autant qu’ils subissent la précarité économique et les obstacles structurels en même temps. Situation faisant d’eux des citoyens de seconde classe. Ils subissent également de restriction au niveau d’accès au papier. « L’esclave n’a jamais eu de papiers puisqu’il était un bien de la tribu », commente Fatimata M’Baye, avocate et militante antiesclavagiste. Le cas le plus injuste et dramatique est celui du fils de Haby, âgé de dix ans, né d’un viol, qui ne peut pas s’inscrire officiellement à l’école puisqu’il n’a pas de papiers. « C’est comme si nous étions toujours esclaves », se désole Maatallah, dont les neveux sont dans la même situation. Le combat de ces anciens esclaves ce n’est pas tellement pour améliorer leurs conditions mais pour laisser un monde plus  équitable à leurs enfants. « Je ne regrette pas d’être partie. Je regrette tout ce temps passé là-bas, tout ce que j’ai pu endurer comme maltraitance (…) Le sentiment d’être esclave est tellement fort que même quand on est libéré, on ne peut pas oublier ce qui s’est passé, confie Haby. Je savais que si mon fils restait là-bas, il allait vivre la même chose que moi. C’est pour lui que j’ai fui.».

 Moussa T. Yowanga

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