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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

« Un brûlot aux effets pervers », ce que j'avais écrit au sujet du 176 ème numéro de Abba Garde. D'aucuns ont cru voir dans ma déclaration, un déni de l'évidence, voire un clin d'œil au pouvoir et à ses affidés que dénoncerait, à contrario avec courage, le journal, sous la plume de son rédacteur en chef, Avenir de la Tiré. « Ndér guir mane té kélélé' », traduit du Sara en français, cela donne : « On ne peut cuver un puits sans tomber sur les vers de terre. » Autrement dit, en communication constructive, il faut éviter les sujets qui fâchent. « Est-ce à dire que Abba Garde, dans son effort de dénonciation, dans le fond, des faits relatés avec force arguments, avait tout faux ? Loin de là ! Des individus, des groupes d'individus, bien identifiés puisque nommément cités dans l'article, participent de cette catégorie sociale qui pille les ressources du Tchad, détournent les deniers publics et condamnent les Tchadiens à la pauvreté. Les dénoncer, lorsque les preuves de leurs forfaitures sont évidentes, relèvent de la responsabilité du journaliste. Mais les stigmatiser en faisant de l'amalgame raciste, c'est soulever inutilement une question qui fâche. Depuis, le ton a monté dans les échanges sur fb, entre des personnes pourtant bien pensantes, et a gagné en relents de haine et de mépris. C'est à qui trouverait dans les origines de l'autre, ce passé ténébreux, qui l'humilierait le plus, ou encore à celui-là d'évoquer ce passé récent ou lointain de sa supériorité ethnique, tribale ou culturelle. Et, de progressistes, républicains ou démocrates qu'ils ont toujours voulu paraître ou qu'ils voudraient être, les voilà, débarrassés de leurs masques, fiers de cracher leur venin de haine. Esclaves, maîtres ou citoyens ?

Telle est la question que je voudrais bien leur poser ? Qui sont-ils ? Maîtres ou esclaves ? Que veulent-ils, pour l'avenir des Tchadiens ? En faire des esclaves ou des citoyens ? L’esclave, selon le Wikipédia, est une personne non libre, considérée comme une marchandise économique, pouvant être vendu ou acheté, et qui était sous la dépendance d'un maître. Y'a-t-il dans les textes qui régissent l'existence des Tchadiens, des individus ou des groupes d'individus qui répondent à cette définition ? La réponse, à mon avis est non. Nulle part dans la Constitution de 1996, ou dans aucune autre constitution tchadienne depuis 1960, il n'est fait mention du statut d'esclave. Cela dit, dans ce vaste territoire, composé d'ethnies aux coutumes diverses que le colonisateur, de force, plutôt que de gré, a regroupées, pour en faire un puzzle territorial auquel une relative souveraineté a été octroyée en 1960, il y avait-il ou il y a-t-il encore des pratiques apparentées ou que l'on peut qualifier d’esclavage ? La réponse est, sans nul doute oui ! Un oui, malheureusement et tristement sonore qui sort de mes tripes comme une dénonciation très forte de la pire abjection qu'un être humain puisse faire subir à son semblable. Oui, parce que, avant les indépendances, au sein des États féodaux de la bande sahélienne, une savane, riche en faune où coulaient le Barh El Ghazal et le Batha, ainsi que sur les rives du Chari et du Tchad, il y avait, des États féodaux qui pratiquaient, comme la plupart des États médiévaux du monde entier, en Europe, ou en Asie, une économie d'esclavage. L'homme, le maître du moment, réduisait l'homme, en esclave. Un instrument, un outil de travail, de distraction, d'assouvissement de ses bas instincts où rivalisaient cruauté et sadisme. Une marchandise valant moins qu'un cheval, voire un âne. Le déni de l'humain est la chose la mieux partagée chez les esclavagistes du monde entier. Oui, le Ouaddaï, le Kanem-Bornou, le Baguirmi et au final l'Empire Rabiste, étaient esclavagistes. Pour le bonheur exclusif, il faut le préciser des maîtres et, encore, pour autant qu'ils fussent les puissants du moment... Qu'est-ce à dire ? Ces royaumes féodaux en perpétuel guerroiement avaient établis entre eux des rapports de vassalité. Le suzerrain d'aujourd'hui peut devenir le vassal de demain, ce dernier en gage de sa loyauté devant payer un tribut au vainqueur. Les premières victimes de cette dynamique étaient ses propres sujets, en commençant par les courtisans du royaume vaincu qui, subissaient le sort avilissant de l'homme libre devenu instrument.

Au Kanem-Bornou, au Ouaddaï, au Baguirmi, les premiers esclaves étaient issus des peuples habitants, l'un des royaumes et vaincus à l'issue d'une guerre d'hégémonie. L’esclave instrument, l'esclave marchandise était monnayable. Et, les marchés demandeurs d'esclaves noirs, les pays arabes, de l'Afrique du Nord-Est et du Golf arabique, en réclamaient, autant pour la force de travail que représentaient les Noirs, autant pour le prestige d'avoir de belles esclaves, de beaux éphèbes, ou de loyaux eunuques... Pour la fierté des maîtres orientaux mais aussi pour la satisfaction de leurs sexualités inavouées. Les marchés à conquérir, ceux des Noirs vivant en dehors de leurs territoires ou aux confins de ceux-ci. Le Dar-el -Abid est né. Une paradoxale importation d'un terme désignant chez les Arabes, le Blanc ou Bazané du Yémen ou du Golfe Arabique, tout le Soudan Nubien. Soit, tous les pays habités par les Noirs: le Bilad as Soudan. Ce qu'a oublié, ce Tchadien nostalgique d'une époque de guerre perpétuelle entre Royaumes tchadiens médiévaux. Pour ce dernier, le Dar el Abid, désigne les pays non musulmans, parmi lesquels, les pays Sara, au Sud du Royaume du Baguirmi ou, les pays Mboum et Laka, à l'Ouest de l'Adamaoua. Dans ce Dar El Abid, qui, selon l'entendement du toujours nostalgique, correspondrait au « pays Sara » étant entendu, chez lui que tous les Noirs Tchadiens au Sud du Chari, sont des Sara, y avait-il une organisation sociale qui distinguerait un maître de l’esclave ? En ma connaissance, la réponse est non. Certes, ces petites communautés villageoises se querellaient, entre villages, mais l'organisation socio-économique ne nécessitant pas l'entretien d'un « appareil d'état oisif ou guerrier », les familles dans leurs productions de subsistance se suffisaient à elles-mêmes. Mais, des querelles, il y avait des victimes, quelques individus, devenus captifs d'un moment et rapidement intégrés dans le circuit de production où, se distinguant par leur travail, ils devenaient par adoption ou par alliance, membres, à part entière de la communauté. Que ces communautés villageoises pacifiques devinssent, à partir du début du 19 ème  siècle, soit avec l'apogée des Royaumes du Baguirmi et des Hégémonies Peuhles de l'Adamaoua, l'objet d'agressions sous la forme d'excursions de ces royaumes, en faisaient-elles le pays des esclaves ? Non !

Pour la bonne et simple raison que les gens qui y vivaient, pour autant qu'ils n’eussent pas encore été asservis, ne tombaient pas sous ce statut. Mais voilà, ce qui est dans l'esprit est dans l'esprit et on n'y peut rien, sauf à le déplorer. Pour autant, que peut-on retenir de gratifiant, de constructif dans le fait d'avoir dans son ascendance des hommes qui inspiraient la crainte parce qu'ils pouvaient décider gratuitement, le la vie ou de la mort d'un autre individu ? Et, à contrario, doit-on se sentir diminué, lorsqu'on est citoyen de ce Tchad républicain où, par leur statut de citoyens, tous les Tchadiens sont ou devraient être égaux devant la loi ? Personnellement, je suis indigné, je me sens outré par le fait qu’une personne humaine, dénie à un autre humain son humanité et le prive de sa dignité humaine, en le rangeant au rang d'un animal, pire, d'un outil ou d'un instrument. Et, je plains et condamne ces gens-là qui trouvent leur fierté dans ce que d'éventuels ancêtres ont-ils seraient descendants auraient asservis des individus ou des peuples. La valeur d'un homme, à mon entendement, ne relève pas de ce qu'il est craint. Ma préférence va, à cet homme que les autres respectent et admirent pour son exemplarité et mon mépris pour tous ceux qui font le déni de l'humanité chez leur prochain. Et, pour ce qui est du Tchad, je suis triste à l'idée que certains, encore aujourd'hui, dans leur propre communauté, puissent être discriminés et souffrir du fait que leurs ancêtres, issus d'une autre communauté seraient des esclaves ou encore pire, qu'ils fussent relégués au rang de citoyens de seconde zone, parce que membres d'une caste dite inférieure par leurs propres « co-regionnaires' ». Je déplore, plains et condamne ceux qui entretiennent et se complaisent, au 21 ème siècle, dans ces relations du maître au Abid( en arabe tchadien qui signifie esclave), de la caste supérieure au Hadad. Noir, Africain, Sara et libre, je suis fier de l'être et m'en contente.

 Nadjikimo Benoudjita,correspondance particulière depuis le Canada

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