Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

Géo-localisation

Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

L’ONG Amnesty International a rendu public jeudi 14 septembre son rapport annuel 2017 sur la situation des droits humains au Tchad, moins de dix jours, après le retour triomphal de la délégation officielle de Paris où elle avait obtenu 20 milliards de dollars de promesses d’investissements pour financer le Plan de Développement National (PND). L’euphorie suscitée par cette fructueuse moisson s’est évaporée d’un coup laissant place, à la réalité des faits accablants d’un régime caractérisé par l’utilisation croissante de lois répressives sur fond de répression brutale des journalistes et des défenseurs des droits humains. Pour preuve, l’ONG fait état de plus de 10 sites internet critiques bloqués, 13 décrets interdisant des manifestations publiées en 2016 et 65 associations interdites de manifester en deux ans. Dans son rapport d’une cinquantaine de pages, Amnesty International épingle les autorités tchadiennes qui utilisent l’arsenal juridique et les services de renseignement pour bâillonner les dissidents et entraver leurs activités. Les populations cibles les plus souvent menacées par le pouvoir sont entre autres les défenseurs des droits humains, les membres de mouvements citoyens, les journalistes et les syndicalistes.Intitulé « Entre récession et répression. Le coût élevé de la dissidence au Tchad », ce document met en lumière les dérives dictatoriales des autorités en réaction au ras-le-bol de la population ces dernières années. Les restrictions en matière des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion publique sont devenues monnaie courante, dans un pays où la crise économique et sociale n’a fait qu’exacerber les tensions, déplore Amnesty International.

Les 16 mesures prises par le gouvernement pour parer à la crise, la modification de la loi n°008/PR/07 du 9 mai 2007 portant réglementation du droit de grève dans le secteur public, le report sans aucune concertation des élections législatives sont autant des sujets à l’origine du climat délétère au Tchad. Le dialogue inclusif réclamé par l’opposition pour apaiser la situation au lendemain d’une élection controversée d’Idriss Deby, n’est pas du goût du gouvernement qui fait la sourde oreille. Loin de prendre conscience des aspirations légitimes de son peuple et acculé dans ses derniers retranchements, le pouvoir se mure dans une logique de fuite en avant et évite de prendre en compte le travail de critiques constructives de la société civile et de l’opposition démocratique.  Alioune Tine, directeur du programme Afrique de l’Ouest et Afrique centrale à Amnesty International ne va pas par quatre chemins pour regarder la réalité en face : « les autorités tchadiennes sont particulièrement promptes à instaurer des lois et des règlements qui suppriment le droit de manifester, à placer les militants sous surveillance et à leur faire subir harcèlement, menace et agressions physiques ».Le Rapport de l’ONG a largement été nourri par des témoignages d’opposants, des syndicalistes et journalistes qui se sont souvent faits arrêter par l’Agence nationale de sécurité (ANS), la police politique d’Idriss Deby qui a succédé à la tristement célèbre Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) sous l’ancien régime du président déchu Hissein Habré, actuellement emprisonné au Sénégal après avoir été jugé coupable et condamné en avril pour « crime contre l’humanité ». Les forces de sécurités et les services de renseignement sont réputés violents au cours des interrogatoires musclés dont ils font subir aux personnes arrêtées. « L’ANS possède finalement un mandat et des pouvoirs du même ordre que la DDS et a reproduit certaines pratiques obscures du passé, notamment les arrestations arbitraires, la détention au secret et dans les lieux non officiels et la torture », pointe Amnesty International.Les autorités ont minutieusement échafaudé un plan cynique pour réprimer toute contestation d’où qu’elle vient.

Le rapport précise que le pouvoir utilise comme moyens pour parvenir à ses fins entre autres, l’interdiction de manifester pourtant, reconnu par la constitution Tchadienne de mars 1996, révisée en juin 2005, l’arrestation abusive des leaders de la société civile et autres, traduits devant le tribunal pour des motifs fallacieux de « troubles à l’ordre public » ou « atteinte à la surété de l’Etat ». Pour illustration, le rapport cite les arrestations de Nadjo Kaina et Bertrand Solloh, dirigeants de la plateforme IYINA, « Nous sommes fatigués, en arabe local). Condamnés à six mois de prison avec sursis pour « tentative de complot et d’organisation d’un rassemblement non autorisés », les deux dirigeants de mouvements citoyens affirment avoir subi de tortures. Les auteurs de ce rapport, font état des restrictions liées, notamment au droit de grève, le blocage de l’accès à certains sites et réseaux sociaux et le refus d’accorder à certains regroupements associatifs une reconnaissance juridique leur permettant de fonctionner en toute légalité. Le cas le plus emblématique est celui du Mouvement d’éveil citoyen (MECI) dont l’ambition est de fédérer les organisations syndicales, de la société civile et des partis politiques sous une même bannière. Les autorités redoutent l’existence d’un tel mouvement, qu’elles « considèrent de dangereux et contre nature », selon les propos de Dobian Assingar, le porte-parole de ce mouvement. Pour lui, le gouvernement garde un œil vigilant, en tout cas, il garde la mainmise sur la société civile et même sur les partis politiques de l’opposition depuis la tenue de l’élection présidentielle.Dans le rapport de l’ONG, il est également question de menaces et surveillance par le moyen des appels téléphoniques anonymes ou de mise sur écoute. Sur un échantillon de 45 militants enquêtés par des représentants d’Amnesty International, seuls deux ont mentionné n’avoir jamais reçu des appels suspects de ce genre. Il arrive que les appels anonymes soient généralement émis tôt le matin, vers 5h ou 6h et la nuit, comme l’indique un militant de la société civile. Le correspond reste silencieux ou parfois, il dit simplement parler et tu verras, ajoute-f-il. Le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration ne dément pas cette information, mieux il reconnait lors d’un entretien « On peut être mis sur écoute et espionné, c’est le travail des services de sécurité ».

L’activiste Tadjadine Mahamat Babouri, détenu depuis le 30 septembre 2016 n’est pas toujours libéré. Il est accusé par le régime d’avoir diffusé sur Facebook plusieurs vidéos dévoilant la mauvaise gestion des fonds publics. D’autres charges farfelues les unes que les autres sont retenues contre lui, notamment atteinte à l’ordre constitutionnel, menace contre l’intégrité territoriale et la sécurité nationale, et collaboration avec un mouvement insurrectionnel. Les journalistes ne sont pas épargnés par cette vague de répression tous azimuts. Par exemple, le 20 juin 2017 Sylvestre Beindé Bassandé, journaliste à Radio communautaire Al Nada FM, à Moundou a écopé de deux ans d’emprisonnement et une amende de 150 euros pour complicité d’outrage à magistrat et atteinte à l’autorité judiciaire. L’ONG Amnesty International ne perd pas de vue la nécessité de lutte contre le terrorisme, le Boko Haram dans le Sahel qui conduit les pays occidentaux, amis du Tchad à faire « moins pression au sujet des droits humains ». Le rapport mentionne également le nombre élevé des déplacés fuyant les zones de conflits entre l’armée et les groupes terroristes. Le rapport d’Amnesty International se termine par un appel à la raison des autorités tchadiennes dont la responsabilité historique est engagée : « Le Tchad est à la croisée des chemins. Les autorités doivent choisir de continuer à étouffer l’opposition politique et museler les critiques, ou décider de tenir les promesses faites par le président Idriss Deby à son arrivée au pouvoir », déclare Alioune Tine et « Nous les appelons à modifier les lois restrictives qui encadrent les rassemblements publics, les associations et le droit de grève, à réformer l’ANS et à libérer tous les prisonniers d’opinion immédiatement et sans condition ». Conclut-il. 

Moussa T. Yowanga

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article