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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Rien ne va plus ce dernier temps à Lomé au Togo dans ce petit pays ouest africain. En effet, l’Agence France Presse(AFP) rapporte que dans la journée de vendredi 08 septembre 2017, au moins 80 personnes ont été interpellées dans Lomé qui connaissait vendredi après-midi un calme relatif, à l'exception du quartier populaire de Bè où la situation restait tendue entre jeunes et forces de l'ordre. Selon l'opposition, qui dénonce des « intimidations », au moins 100 personnes sont toujours en état d'arrestation. « Un certain nombre de manifestants ont été interpellés au cours de la nuit dernière, environ 80 », a déclaré à l'AFP Gilbert Bawara, ministre togolais de la Fonction Publique.« Ils ont commis ou s'apprêtaient à commettre des actes violents, à vandaliser des magasins », a-t-il expliqué. « Je ne pense pas qu'ils fassent l'objet d'une détention. » Le principal parti de l'opposition, l'Alliance Nationale pour le Changement (ANC) a quant à lui avancé le chiffre « d'au moins 100 personnes toujours en détention », selon son porte-parole Eric Dupuy, contacté par l'AFP. Mercredi et jeudi, les Togolais ont manifesté massivement à Lomé et dans une moindre mesure en province à l'appel d'une coalition de 14 partis, pour réclamer des réformes et le départ du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 12 ans, après avoir succédé à son père.Ces rassemblements, d'une ampleur inédite depuis les sanglantes émeutes qui avaient suivi les élections de 2005, selon plusieurs observateurs, ont été notamment rendus possibles par l'alliance de l'opposition, qui a longtemps échoué à parler d'une seule voix.

Les leaders d'une douzaine de partis de l'opposition se sont réunis devant la maison du président du Parti National Panafricain (PNP), Tikpi Atchadam, pour exprimer leur solidarité avec leur camarade, victime selon eux "d'intimidations" du pouvoir, et qui se cache actuellement dans un lieu tenu secret.Deux camions des forces de l'ordre ont stationné un moment devant son domicile, selon un témoin de la scène. « Ils ont pris des photos et ont relevé les plaques numérologiques des voitures », a-t-il expliqué.Voix radicale qui n'a pas hésité à demander la démission du chef de l'Etat depuis le début des mouvements populaires cette semaine, Tikpi Atchadam, originaire du nord, a réussi à rallier aux manifestations certaines villes de sa région, traditionnellement acquise au régime. « Nous sommes victimes d'intimidations et de répression d'un système qui a beaucoup trop duré » a déclaré aux journalistes Nathanaël Olympio, président du parti des Togolais. « S'ils veulent arrêter l'un d'entre nous, qu'ils nous arrêtent tous », a renchéri Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson, autre figure de l'opposition. Le quartier de Bè, en centre-ville, restait barricadé vendredi après-midi par des jeunes et des tirs de gaz lacrymogènes ont été observés plus tôt dans la journée. Les échauffourées entre forces de l'ordre et manifestants, ont "duré toute la nuit", a confié un résident de Bè devant sa porte. « Ne nous filmez pas, ne donnez pas notre nom. Ils vont venir pour nous sinon. »

Les réseaux téléphoniques fonctionnaient encore de manière très sporadique, et Internet était toujours coupé dans le pays. Jouant l'apaisement, le gouvernement avait annoncé mardi un projet de réforme constitutionnelle réclamée depuis plus de dix ans par l'opposition, prévoyant une limitation à deux mandats présidentiels et un scrutin à deux tours. Le Parlement devrait se réunir le 12 septembre en session extraordinaire. Mais le ministre de la Fonction publique a expliqué à l'AFP que cette session « était déjà prévue de longue date. Je ne sais pas si le Parlement examinera mardi le projet de réforme, cela ne relève pas du gouvernement. » Il avait laissé entendre en début de semaine que la limitation des mandats ne serait pas rétroactive. Dans le cas contraire, le président actuel ne pourrait briguer un nouveau mandat en 2020. « Il n'y a pas de raison législative de le faire (...). Mais nous avons besoin d'un consensus pour que cette réforme soit acceptée », soit les 4/5e des votes au Parlement. Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, Ibn Chambas, a rencontré le président Gnassingbé ainsi que le chef de file de l'opposition, Jean-Pierre Fabre, avant de partir vendredi pour Dakar. Monsieur Chambas a encouragé l'opposant « à s'investir dans des discussions avec le gouvernement » pour faire aboutir les réformes, dans une déclaration à la télévision publique togolaise. « Il est trop tard », a toutefois déclaré M. Fabre jeudi soir dans la rue, entouré de milliers de partisans. Tikpi Atchadam, en amont des manifestations, avait déclaré qu'il ne « croit plus au dialogue » avec le régime. Faure Gnassingbé a succédé à son père, le général Gnassingbé Eyadéma qui est resté près de 40 ans au pouvoir, à la présidentielle de 2005, avec l'appui de l'armée. De violentes manifestations et une féroce répression s'en étaient suivies. Il a ensuite été réélu en 2010 et en 2015, lors de scrutins très contestés par l'opposition.

Togo: Communiqué de presse du représentant spécial du S.G et Chef du Bureau de l’ONU pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel

Mohamed Ibn Chambas invite les Togolais à préserver la paix et la sécurité

Dakar, 08 septembre 2017- Le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, Monsieur Mohamed Ibn Chambas, a conclu aujourd'hui une visite de travail de deux jours à Lomé au Togo.

Au cours de cette visite qui intervient dans un contexte de tensions politiques illustrées par les manifestations organisées par les partis de l'opposition, le Représentant spécial s'est entretenu avec toutes les parties prenantes, y compris les membres du gouvernement et de l'opposition, les organisations de la société civile ainsi que les membres du corps diplomatique.

Monsieur Ibn Chambas se félicite du caractère pacifique des manifestations ainsi que de l’adoption en conseil des ministres d’un avant-projet de loi sur l'amendement des dispositions constitutionnelles relatives au nombre de mandats présidentiels et au mode de scrutin, qui sera débattu à l’Assemblée Nationale.

Conscient que la lenteur du processus des réformes politiques contribue à attiser les tensions, le Représentant spécial exhorte tous les acteurs politiques togolais à s’investir avec détermination et bonne volonté dans une dynamique de dialogue républicain, avec pour seul objectif de faire avancer l’agenda des réformes de manière définitive, afin de répondre aux attentes légitimes du peuple togolais.

Monsieur Ibn Chambas invite les Togolais à préserver la paix et la sécurité qui constituent des atouts précieux en Afrique de l’Ouest, au vu de la situation sécuritaire qui prévaut dans la sous-région.

Togo: Tikpi Atchadam, l'homme qui bouscule l'échiquier politique togolais

Les habitants de Lomé informe l’Agence France Presse le septembre 2017, sont habitués à voir les partisans de l'opposant historique Jean-Pierre Fabre défiler dans les rues. Mais jamais l'opposition n'avait réussi à s'unir comme elle l'a fait mercredi, déclenchant une marée humaine dans la capitale togolaise et révélant une nouvelle figure de proue, Tikpi Atchadam. Jean-Pierre Fabre, 65 ans, l'homme « infatigable » comme on l'appelle au Togo, qui bat le pavé depuis des années, a toujours été montré du doigt par le pouvoir en place comme un homme « du Sud ». Celui qui amplifie aujourd'hui son mouvement, Tipki Atchadam, chef de file du Parti National Panafricain (PNP), ne pouvait donc venir que du Nord, tout comme le président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, qui a succédé à son père après 38 ans de règne sans partage. Les représentants du Nord se sont toujours traditionnellement rangés derrière le pouvoir, explique à l'AFP Farida Nabourema, activiste togolaise, auteure d'un essai, La Pression de l'oppression. « On a toujours donné l'impression au Togo que ce sont les gens du Nord qui gouvernent et pourtant le Nord a toujours été négligé en termes d'infrastructures et d'investissements », poursuit-elle. « L'opposition se devait de se mettre ensemble pour éliminer l'alibi ethnique. »

A 50 ans, Tikpi Atchadam, le visage recouvert de scarifications ethniques du Nord, a réussi à bousculer un échiquier politique quasiment sclérosé après des années de lutte interminable, de dialogue stérile avec le pouvoir et d'attente pour réformer la Constitution. « Ne regardez pas mes balafres », glisse-t-il à l'AFP en recevant dans la cour de sa maison. Il connaît les critiques qui veulent faire de lui un représentant de la minorité musulmane qui ne parle qu'à son groupe, les Tem. « Ecoutez plutôt ce que j'ai à dire. » Mercredi, à l'issue de la manifestation monstre contre le pouvoir, l'homme avait la parole claire et savait haranguer les foules. Le leader du PNP n'est pas novice du système. Il quitte en 2007 le Parti Démocratique pour le Renouveau (PDR), où il a débuté très jeune en politique, lorsque son chef se rapproche du pouvoir, puis se retire de la scène publique pour réfléchir à son retour dans l'opposition. Le PNP a été créé en 2014, n'a aucune représentation au Parlement togolais et Tikpi Atchadam n'a jamais participé à aucun scrutin présidentiel. Il a construit sa base populaire dans sa ville, Sokodé, et sa base financière et diplomatique au sein de la diaspora togolaise, particulièrement importante en Allemagne. Son arrivée fulgurante dans le jeu politique, fin 2016, et le succès de ses manifestations du 19 août dernier, ont été un coup de semonce pour le pouvoir. Mais il est devenu une véritable menace lorsqu'il a demandé du soutien à Jean-Pierre Fabre, le pilier historique de l'opposition, plutôt que de jouer seul, de son audience nordiste. La journée de manifestation du PNP du 19 août, où deux manifestants ont été tués à Sokodé, à 300 kilomètres de Lomé, a sans aucun doute été un marqueur dans les esprits.

Jean-Pierre Fabre avait lui aussi besoin d'un nouveau souffle. La journée « ville morte », fin août, à l'appel de plusieurs partis d'opposition, dont l'ANC (Alliance Nationale pour le Changement de Jean-Pierre Fabre) et le PNP, pour célébrer leur mémoire a déjà été une petite victoire mutuelle. Mais si tout le monde s'attendait à une grande affluence aux manifestations du 6 septembre, personne n'aurait imaginé voir défiler des centaines de milliers de personnes (plus de 100.000 selon Amnesty International, un million selon l'opposition) à Lomé et des milliers d'autres dans les villes secondaires du Togo. Les dizaines d'arrestations et les condamnations de 15 personnes - dont le secrétaire général du PNP à de la prison ferme pour « rébellion, dégradation, violences volontaires ou voies de fait » après les manifestations d'août ne semble pas faire peur au charismatique Atchadam. « Marchez ! C'est vous qui allez libérer le régime », a-t-il lancé mercredi à une foule impressionnante, pour lui donner rendez-vous le lendemain. « Vous avez toujours demandé l'unité de l'opposition, elle est là. Du plus jeune, au plus vieux, on est là. » M. Atchadam a adressé son discours dans des baskets confortables, tout comme son désormais partenaire Jean-Pierre Fabre, qui attendait son tour pour s'adresser à ses supporters en colère contre « 50 ans de Gnassingbé ».Assis en tailleur dans la poussière et sous une chaleur de plomb, les partisans de l'ANC restent clairs: « Tikpi est là, nous le soutenons, mais Fabre reste notre président », souffle l'un d'eux. Interrogé sur son programme politique, M. Atchadam reste flou, assurant qu'il le dévoilera « en temps voulu ». « Pour l'instant, la priorité est notre unité d'action. Demain, lorsque la démocratie sera installée, chaque parti jouera sa carte », promet-il.

Eric Mocnga Topona, correspondant spécial depuis l’Allemagne.

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