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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

              Chronique de Kébir Mahamat Abdoulaye, analyste économique et politique  

Il faut un vrai plan de relance pour cette crise économique que ce pays traverse et non quelques perfusions financières. En effet, on ne peut soigner un malade du paludisme d'un stade avancé avec quelques comprimées d'Efralgan ou Doliprane. Soyons sérieux ! Comment avec 312 millions de dollars $, soit 187 milliards de FCFA sur trois ans (sous réserve de bonne gestion) dont, 28 milliards FCFA seront décaissés immédiatement permettent « d'encourager la stabilisation des finances publiques et la relance de l'économie nationale » ? Le décaissement des 28 milliards FCFA pour 2017 n'atteint même pas la masse salariale du personnel civil et militaire de l'Etat, estimée à 30 milliards FCFA par mois. Aujourd’hui le PIB du Tchad a fortement baissé depuis 2014 jusqu'à 2017 en raison principalement de la baisse des cours du pétrole qui représente 37% du PIB total, aussi des autres recettes ordinaires, tout cela est accentué par un environnement de mauvaise gouvernance. Il résulte de ces situations que le PIB a chuté fortement de 13,9 milliards dollars $ en 2014 à 9,6 milliards de dollars $ en 2016 (sources Banque Mondiale). 

En termes de baisse, cela représente un montant de 4,3 milliards $ en valeur absolu et de 30% en valeur relative en deux ans. C'est une récession économique importante et très inquiétante. Au niveau du budget de l'Etat, celui-ci ci s'est effondré depuis 2014 de 1877 milliards de FCFA à 923 milliards de FCFA en 2017, soit une baisse d'environ de 50%. Une dégringolade de 36% en seule année 2016, de 1455 milliards FCFA le budget a diminué à 937 milliards FCFA fin décembre 2016 avec un déficit budgétaire énorme. C'est presque le même niveau du budget qui a été adopté en 2017. Cette baisse importante traduit le niveau du budget général de l'Etat de 2005 en termes des recettes et de niveau du PIB de l'année 2009 qui est de l'ordre de 9 milliards de dollars $. Ce qui veut dire que l'Etat et le pays se sont significativement appauvris. Au niveau de la dette intérieure de l'Etat, le volume de stock impayé a considérablement augmenté pour dépasser la barre de 600 milliards de FCFA, soit un milliard de dollar $ d'une part. D'autre part, la dette extérieure connaît aussi une évolution importante qui a dépassé le 35% du PIB après qu'elle a baissé à 20% suite à l'annulation de la dette extérieure par ses grands partenaires au développement dans le cadre de IPPTE (Initiative des Pays Pauvres les plus Endettés) intervenu en juin 2015. 

Mais aujourd'hui l'Etat se trouve dans des grandes difficultés (incapacité) financières d'honorer même les services de la dette qui prennent une proportion importante et pèsent sur les dépenses et les recettes de l'Etat. Au   niveau de la BEAC (Banque des Etats de l'Afrique Centrale), le Tchad a épuisé ses avances statutaires (une quote-part de financement accordée par la BEAC à chaque Etat membre en fonction des indicateurs des finances publiques). Ses réserves de change au niveau des comptes des opérations au niveau de trésor français ont littéralement baissé jusqu'à un niveau déficitaire. Ce qui réduit fortement la capacité du pays à importer des biens et services. La balance commerciale s'est fortement dégradée par la chute du revenu pétrolier et par la baisse des autres recettes d'exportation et d'importation en volume et en valeur monétaire. Au niveau intérieur, en dehors des salaires qui sont assurés régulièrement depuis le début de l'année 2017, Le gouvernement a suspendu sans le dire les autres dépenses d'investissement, de fonctionnement de l'Etat faute des recettes suffisantes en dehors de certaines dépenses militaires, de sécurité, d'urgence, de missions officielles du gouvernement et de la présidence de la république. Les travaux publics sont suspendus faute de financement ce qui a mis en mal la situation financière de beaucoup d'entreprises, les dépenses d'investissement et de fonctionnement sont littéralement taillées. Ce qui freine de facto tout nouvel investissement dans les infrastructures économiques. Dans cette situation de quasi faillite financière, comment stabiliser les finances publiques et relancer l'économie avec 187 milliards de FCFA dont 28 milliards de FCFA seront décaissés immédiatement ? D'abord depuis le début de la crise financière qui a commencé en 2014 jusqu'à prendre la forme d'une crise économique en milieu 2015 et fortement en 2016, aucune réflexion profonde et professionnellement débattue pour préconiser un plan de relance bien défini avec des objectifs bien fixés, suivis et évalués pour atteindre des résultats attendus.

Personnellement, pour ceux qui me lisent, j'ai proposé depuis 2015 et réitéré plusieurs fois en 2016 de préconiser un plan de relance avec des chiffres à l'appui. Mais les gouvernements successifs y compris les conseillers en matière économique et financière du Premier Ministre et du Prédisent, je déplore leur manque d'expertise solide et fiable en la matière de n'avoir pas bien évalué, diagnostiqué la crise économique et de préconiser un plan de relance bien défini jusqu'à l'arrivée de cette mesure du FMI avec un soutien financier très dérisoire face à l'ampleur de la crise économique dont les conséquences sont expliquées ci-dessus avec des chiffres à l’appui. Bien que d'initiatives gouvernementales aient été entreprises à partir de septembre 2016 à travers les 16 mesures pourtant, elles sont plus nombreuses que ce nombre, ont provoqué une baisse importante du budget général de l'Etat de 2016 et 2017 tant en dépenses qu'en recettes et aussi par quelques réformes administratives des entités publiques. Or ces mesures à caractère administratif et budgétaire ne sont pas de nature à relancer l'économie nationale qui est fortement dégradée dans ses plus grands indicateurs.

C'est une politique d'austérité or, une politique d'austérité face à une crise économique de cette ampleur n'est pas la bonne réponse économique adaptée. Maintenant  le FMI arrive mais avec des moyens trop insuffisants face à l'ampleur de la crise car L'économie tchadienne est exsangue et elle a besoin d’un plan de relance de l'ordre de 4 milliards de dollars $. Ce que j'ai dit depuis plus de 2 ans sans être entendu bien sûr. On commence maintenant à emprunter le chemin de la relance économique mais apparemment très doucement avec des montants dérisoires de 187 milliards de FCFA sur 3 ans avec l'intervention du FMI. Cependant une politique de relance comme au Tchad ne peut être dissociée de la question de la bonne gouvernance car, la lutte contre la prévarication des ressources publiques, le phénomène de détournement des deniers publics, de la corruption, de la gabegie des ressources financières…développés à outrance doit être au centre des politiques publiques. Ce qui manque en ce moment !

                    Chronique lue et approuvée par DP Moussa T. Yowanga

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