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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Secrétaire Général de la Convention tchadienne pour la défense des droits humains, Coordinateur de « ça suffit », une plateforme constituée de syndicats et d’associations de la société civile catégoriquement opposés à la candidature d’Idriss Deby aux dernières élections présidentielles, et par ailleurs inspecteur principal des finances dans la vie active, Mahamat Nour Ahmed Ibedou s’est confié à notre rédaction.

 

RAF : Vous êtes l’une des figures emblématique de la société civile tchadienne, pleinement investi dans la lutte contre les différentes formes d’atteintes aux droits humains. Comment vous en êtes arrivé là ?

 

Mahamat Nour Ahmed Ibedou : En 2010 avec un certain nombre de cadres du Ministère des Finances, nous avions pris l’habitude de nous retrouver régulièrement dans mon bureau à l’Inspection Générale des Finances pour discuter des problèmes du pays ;les violations des droits humains, la mauvaise gouvernance, la gestion scabreuse des ressources de l’Etat et les injustices constatées au quotidien constituaient les principaux sujets que nous discutions la plupart du temps ; c’est ainsi qu’une prise de conscience est née et avec elle la nécessité d’agir ; notre démarche s’inscrivait dans la logique selon laquelle seuls les cadres d’un pays pouvaient impulser une dynamique pouvant conduire à des améliorations ou des changements dans une société ; nous n’avions évidemment pas l’ambition de refaire le monde ; nous pensions simplement que quelque part, en tant qu’intellectuels nous porterons une lourde responsabilité dans le drame que vit notre peuple si nous continuons à rester inactifs ; certains camarades avaient ainsi émis l’idée de faire quelque chose de concret au lieu de continuer à nous lamenter sur le sort de notre population ; nous avons donc crée une organisation qui avait une autre dénomination à l’époque ; comme nous avions été approchés par plusieurs autres organisations en gestation, nous n’avons pas hésité à fédérer nos mouvements dans une organisation unique : la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (CTDDH). C’est ce qui explique son caractère conventionnel. Nous avons donc engagé la procédure de reconnaissance officielle et Dieu merci, nous avons pu obtenir notre autorisation de fonctionner deux mois plus tard. Notre association avait été enregistrée donc le 08 Décembre 2011 sous le folio N°3778.

 

Pourquoi avoir crée la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits Humains(CTDDH) qui peut être considérée à tort ou à raison comme une organisation de trop au regard du nombre des ADH déjà existantes ?

 

La Convention Tchadienne pour la Défense des Droits Humains (CTDDH) était à l’époque une organisation de plus ; mais elle n’a jamais été une organisation de trop par ce qu’au stade actuel de notre lutte pour le respect des Droits de l’homme dans notre pays, la multiplication des associations des Droits de l’Homme (ADH) paraissait nécessaire, tant l’arbitraire était quotidien ; mais quand je parle des associations des Droits de l’Homme(ADH), je parle des vraies organisations de défense des droits de l’homme, ; pas de celles fabriquée par le gouvernement qui sont les plus nombreuses et dont la raison d’être est celle de prendre systématiquement le contre-pied de tous les actes que nous posons. Il convient cependant de reconnaître que le nombre de ces associations augmente à une très grande vitesse.Donc en tant que cadres, nous nous sommes proposé de créer une association qui doit faire de la vraie défense des Droits de l’homme ; depuis lors, même si en chemin, nos rangs s’étaient éclaircis du fait qu’il y’a eu des défections qui avaient été rapidement comblées par l’arrivée de quelques jeunes déterminés à lutter et à qui vous me fournissez ici l’occasion de rendre hommage, nous pensons qu’avec l’équipe actuelle nous atteindrons nos objectifs grâce à Dieu. Vous savez, les défections de ce genre sont nécessaires dans une lutte et elles vous permettent ainsi de vous débarrasser de l’ivraie en cours de route.

 

Quelles sont vos relations d’une part, avec les autres Associations des Droits de l’Homme et les partis politiques, d’autre part ?

 

Avec les autres associations des Droits de l’Homme (ADH), les vraies, celles qui étaient créés il y a plus d’une vingtaine d’année comme la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme( LTDH), l’Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad (APLFT),l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (ATPDH) ou ACAT-TCHAD, nous avons créé des plateformes, comme « Trop c’est trop » ou « Ça Suffit ». Nos relations sont donc très bonnes parce que nous poursuivons le même but.Avec les partis politiques au contraire, nos relations sont moins bonnes et cela est dû souvent à des différences d’approches quant aux prises de position et aux actions à mener contre l’arbitraire du pouvoir surtout à des moments importants de la vie démocratique de notre pays comme par exemple en période d’élections ; mais le contexte actuel nous a amené dans l’intérêt du pays à nous approcher d’eux pour lutter ensemble contre ce système qui a conduit le Tchad au bord du gouffre ; d’où la création imminente de notre collectif des forces vives de la nation. Quoi qu’on en dise ; vous savez, nous sommes des alliés objectifs.

 

Dites-nous sincèrement, comment se porte la société civile aujourd’hui ?

 

La société civile est dépassée et elle a actuellement du mal à influer sur le cours des événements, ceci est dû en partie au fait que les plus vieilles comme la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme(LTDH) ou l’Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad (l’APLFT) ou l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (l’ATPDH )reçoivent d’importants financements des bailleurs surtout de l’Union Européenne, pour intervenir dans des actions de terrain ; c’est-à-dire sensibilisions séminaires ateliers etc. ; ce qui les oblige à ne plus être présentes dans le terrains des activités citoyennes comme les dénonciations, les interventions dans les lieux de détention , à la justice etc.Un autre facteur est que les associations crées par le pouvoir malgré leur impopularité disposent souvent d’énormes moyens financiers qu’ils utilisent pour contrer nos actions.

 

Quelle est la situation actuelle, en termes de respect des droits de l’Homme au Tchad?

 

La situation des droits de l’homme est toujours alarmante ; il existe toujours des prisonniers politiques et des prisons occultes ; les conditions de détentions sont effroyables et la torture a toujours libre cours dans le pays ; les violations des droits économiques sont les plus notoires ; les injustices sont pratiquement quotidiennes avec comme corollaire une impunité insolente ou des intouchables narguent les autres citoyens après avoir commis des crimes établis. certes, un progrès au niveau de la prise de conscience de la population est perceptible, la peur du régime commence à diminuer considérablement et les Tchadiens n’hésitent plus à dénoncer en public les dérives du régime dans la rue, dans les transports en commun etc ; mais pour nous, il reste encore beaucoup à faire surtout dans les provinces et les villages où les chefs de brigades, les gardes nomades et autres chefs traditionnels continuent toujours à violer les droits humains ; en 2013, nous avions initié un projet de formation de ces responsables qui pour la plupart sont analphabètes afin de leur inculquer quelques rudiments des Droits fondamentaux des citoyens ; ce projet est en attente de financement dans les tiroirs des organismes bailleurs. Nous faisons remarquer au passage que la CTDDH n’a jamais bénéficié d’un financement provenant d’un organisme national ou international ; il est vrai que notre organisation qui a été créée en 2011 n’est vieille que de cinq ans.Nous envoyons régulièrement des missions dans les commissariats brigades de gendarmeries et d’autres lieux de détention pour essayer de faire libérer certains citoyens arbitrairement arrêtés et ceux détenus au-delà du délais légal de garde à vue ; nous exigeons souvent pour ceux coupables de délits avérés leur transfère rapide au parquet sur procès-verbal. Mais nous avons l’impression que nos efforts sont minimes par rapports à l’ampleur des violations des Droits fondamentaux des citoyens constatés dans le pays.

 

Quelles sont vos sources de financement pour couvrir l’ensemble du territoire national ?

 

Notre organisation ne couvre actuellement que les deux tiers du territoire national ; mais nous pensons couvrir tout le pays en février 2017 ;cette situation est due vous vous en doutez à la modestie de nos moyens financiers qui ne sont constitués que de cotisations et de participations de nos membres. Il convient de souligner toutefois que les participations de certains de nos militants qui sont relativement aisés sont parfois très importantes et nous permettent ainsi de fonctionner, de payer le loyer du siège et même d’envoyer des missions à l’intérieur du pays. Il faut dire que nous bénéficions également de certains dons de personnes anonymes qui sont séduites par nos actions et surtout nos prises de position. Nous avions à plusieurs reprises été approchés par des personnalités qui voudraient prendre en charge financièrement toute l’organisation ; certaines nous avaient même promis de nous construire un siège national à N’djamena ; mais nous avions toujours décliné ces offres pour garder notre indépendance qui nous parait essentielle conformément à la ligne que nous nous sommes tracée.Si malgré la faiblesse de nos moyens financiers nous avons pu couvrir les deux tiers au moins du territoire national, c’est parce que tous nos points focaux se prennent en charge eux-mêmes. Ils travaillent soit dans un local offert par un des membres, soit qu’ils cotisent et s’organisent à leur niveau pour louer un local. Vous savez, les membres de la CTDDH travaillent sur la base du volontariat, et il n’y a pas un seul membre actif qui n’ait pas eu à dépenser de son propre argent au cours de ses activités dans l’association.

 

Votre organisation se donne pour vocation la défense des droits humains au Tchad. Comment faites-vous pour éviter d’endosser la casquette d’un leader de parti politique ?

 

A moins que je n’aie pas bien compris la question, notre statut est clairement diffèrent de celui d’un parti politique ; en notre qualité d’ADH, nous n’avons pas pour vocation de prendre le pouvoir ; ça c’est l’apanage des partis politiques ; nous, c’est le bien être de la population que nous recherchons et à cet effet, nous sommes et serons toujours un baromètre qui surveille le respect ou non des Droits fondamentaux de l’homme par l’autorité en place. Il nous arrive certes de poser certains actes qui peuvent être considérés comme politiques ; c’est normal parce que nous avons le droit d’intervenir dans les champs politiques si cela a une incidence sur le respect des Droits de l’homme. C’est ainsi qu’il nous était arrivé d’exiger à Idriss Deby de ne plus se représenter pour un cinquième mandat et actuellement, nous œuvrons pour son départ parce que Deby est celui qui a affamé notre peuple pendant 26 ans. Mais rassurez-vous, nous sommes suffisamment lucides pour faire la part des choses ; si notre implication au niveau politique a paru plus évidente ces derniers temps, c’est dû au contexte sociopolitique de notre pays. Le bien-être de notre population est tributaire de la nature de la gouvernance exercée par le pouvoir politique ; il est évident qu’au Tchad, ce bien être passe nécessairement par le départ de Deby. Ceci étant, nous pensons qu’un simple citoyen a le droit de se prononcer sur la gestion de la cité, c’est-à-dire poser un acte politique, à plus forte raison un défenseur des Droits de l’homme comme nous...

 

Vous êtes à la fois un acteur et un observateur averti de la vie publique au Tchad. Les partis politiques de l’opposition remplissent-ils convenablement leurs rôles ? Autrement, avez-vous des reproches à faire aux leaders de cette opposition démocratique ?

 

Nous sommes très mal placés de par notre statut de leader d’une organisation de la société civile pour juger les responsables des partis politiques de l’opposition ; toutefois, nous estimons qu’au regard de la situation politique actuelle, ils auraient du mieux faire en faisant preuve d’un peu plus de solidarité entre eux et surtout ne pas tomber plus souvent dans le piège de Deby en évitant surtout les compromissions avec lui.

 

Vous effectuez souvent de voyages en France. Quel bénéfice tirez-vous de ces déplacements pour votre combat ?

 

Nos déplacements en Europe s’effectuent toujours sur invitation des organisations non gouvernementales, de certains leaders d’opinion, et de certaines institutions internationales dans le cadre des échanges entre nos Organisations non-gouvernementales (ONG) et celles de l’Europe ; nous n’avons jamais cherché à rencontrer une seule autorité gouvernementale française ; parce que nous pensons que nous n’avons rien à apprendre à ces autorités qu’elles ne savent déjà sur le Tchad.Donc du côté des ONG Françaises et européennes, des contacts utiles ont été pris et ces séjours nous ont permis de raffermir notre coopération au niveau des ADH comme Amnesty International, la FIDH etc. et de rechercher des financements de certaines de nos activités au niveau des fondations et autres organismes bailleurs.Ces déplacements ont permis de faire connaitre notre organisation dans le monde et nous sommes en train d’acquérir ainsi une notoriété qui parfois nous surprend nous-mêmes

 

Il est de notoriété publique que les autorités françaises soutiennent sans réserve le Président Tchadien, très décrié par son peuple. Que leur dites-vous ?

 

Si nous avons quelque chose à dire aux autorités françaises, c’est surtout de les mettre en garde contre cette politique qui consiste à soutenir un dictateur qui opprime son peuple au nom de je ne sais qu’elle morale politique ; la lutte contre le terrorisme ? Le Tchad peut la mener avec ou sans Deby ; le gouvernement français le sait et on ne voit pas objectivement qu’est-ce qui motive ce soutien aveugle ; la Françafrique a peut être passé par là. Quoi qu’il en soit, l’histoire récente nous a appris qu’en Afrique, le gouvernement Français a toujours fait les mauvais choix et ses interventions sont souvent suivies de drames humains ; les exemples sont légions : le génocide rwandais et les massacres en Centrafrique sont les plus illustratives ; nous ne comptons aucunement sur la France pour qu’elle vienne chasser Deby pour nous ; nous lui disons que nous sommes assez grands pour le faire nous-mêmes ; nous avions simplement pensé que la France chantre des Droits de l’homme avait des valeurs. Nous pouvons néanmoins transmettre une inquiétude : en soutenant mordicus Idriss Deby comme il le fait en ce moment, le gouvernement français risque d’assister à une explosion générale au Tchad. Idriss Deby en étouffant régulièrement les libertés fondamentales comme les droits Constitutionnels des citoyens de manifester librement leurs mécontentements, et en continuant de pratiquer cette injustice à outrance, il crée des frustrations qui sont en train de s’accumuler et qui aboutirons fatalement à une situation qui risque d’être incontrôlable ; ce qui signifiera que la France risque avec ce soutien de commettre les mêmes erreurs une fois de plus.

 

Le Tchad traverse une crise financière et sociale sans précédent. Comment l’expliquez-vous ?

 

Idriss Deby est le seul et unique responsable de cette crise qu’il a planifiée à dessein. Regardez le nombre de voyages qu’il effectue par semaine : trois en moyenne. Un voyage même à l’intérieur coûte plus d’un milliard cinq cent millions à l’état tchadien ; pour ce qui est de ses voyages à l’extérieur ; nous nous rappelons qu’en 2013, un de ces voyages aux Etats-Unis avait coûté 4, 5 milliards de Fcfa au pays ; le rythme de ses déplacements à l’extérieur pouvant en moyenne être de 2 par semaine, imaginez ce que ça peut faire en une année ; je ne parle pas de ses déplacements à Amdjarass son village natal avec tout ce qu’il y’a comme distribution d’argent aux habitants de ce village, organisation de course de chameaux avec distributions de grosse voitures cylindrées aux vainqueurs et autres fêtes improvisées ou des chefs d’orchestres sont inondés de billets de banques etc. Les recettes douanières principales ressources en l’absence de pétrole ne rentrent plus au trésor depuis longtemps ; elles sont systématiquement détournées par l’actuel Directeur général des Douanes qui est le neveu de Deby et qui avait remplacé son petit frère Salay Deby à ce poste depuis quelques mois. Donc le peu de recettes (1/10e environ) que le neveu de Deby laisse entrer au compte du trésor logé à la Banque Centrale sont là aussi détournées par Deby lui-même qui par des « ordres de virement » adressés au Directeur National de la BEAC draine les recettes logées au compte du trésor à la BEAC vers le compte de la Direction des grands travaux présidentiels à la BCC ; cette direction des grand travaux présidentiels est dirigée par son fils qui possède ainsi à sa disposition des centaines de milliards gérées dans l’opacité la plus totale ; naturellement, cette direction n’a jamais fait l’objet d’aucun contrôle.Figurez-vous qu’un des derniers ministres des finances avait été viré simplement parce qu’il avait voulu soustraire de la rapacité d’Idriss Deby 60% des fonds du trésor logés à la BEAC afin de payer les salaires de juin et juillet.

 

Le gouvernement a décrété seize mesures jugées indispensables pour juguler cette crise. Quelle est votre opinion concernant ces mesures ?

 

Ces mesures nous l’avons dit, entrent en droite ligne dans la politique d’asservissement programmé institué par Deby ; au lendemain de sa débâcle électorale, il n’a pas hésité à prendre ces mesures inhumaines de manière unilatérale après avoir refusé de les soumettre à un quelconque débat ; ce qui nous amène à affirmer que cette crise provoquée par Deby fait tout simplement partie d’une expédition punitive planifiée ; ceci est d’autant plus invraisemblable que l’individu gouverne ce pays avec ses tripes ; sinon rien ne l’obligeait à voir ailleurs que la réduction des indemnités des travailleurs ou la suppression des bourses des étudiants. Les recettes douanières (et nous parlons en financier) sont en mesure d’assurer à elles seules le payement des salaires et une partie du fonctionnement de l’état. ; Le reste peut valablement être comblé par les rentrées fiscales, domaniales et les recettes administratives dans l’hypothèse évidemment d’une gestion rationnelle ; mais qu’est-ce que nous constatons : la Douane à la faveur du réseau installé par son petit frère Salaye Deby quand il était DG des douanes continue j’usqu’aujourd’hui à pomper de l’argent pour la famille Itno. Les recettes du service des impôts ne rentrent pas au trésor parce qu’au lendemain de la privatisation des entreprise d’état prôné par les bailleurs, les membres du clan se sont accaparés de toutes les entreprises nationales à moindre frais ; devenus propriétaires et intouchables, ils ne payent plus l’impôt ; ce qui a anéanti les capacités financières de l’état etc. L’argent n’arrive que très peu au trésor (juste ce qu’on veut bien donner) Donc ce n’est pas avec les bourses des étudiants et les maigres indemnités des travailleurs qu’on fera des économies ; déjà la cherté de vie avait entamé le maigre pouvoir d’achat des tchadiens ; les seize mesures sont venues leur apporter ainsi le coup de grâce.

 

Que vous inspire la mesure relative à la suspension inéquitable des bourses d’étude, d’autant qu’elle frappe uniquement les étudiants de l’intérieur du pays alors que ceux de l’étranger de parents aisés en sont épargnés ? Auriez-vous décidé autrement si vous étiez le chef du département de l’enseignement supérieur ?

 

Nous pouvons avec votre permission donner une seule réponse à cette question à double volets : cette mesure comme celles qui touchent aux indemnités des fonctionnaires sont dangereuses et d’autant plus graves qu’aucun service relatifs à des œuvres universitaires digne de ce nom n’est institué ; il serait tout simplement très difficile désormais pour nos étudiants de continuer à mener des études dans des conditions minimales même si les universités ouvrent leurs portes ; sans parler du sentiment d’injustice que cette mesure provoque chez ces futures cadres du pays. Les fils des parents relativement aisés émigrent en masse vers le Cameroun où ils peuvent étudier dans des conditions relativement acceptables et où ils peuvent finir l’année académique. Mais avec le non payement des salaires, certains enfants sont obligés de rentrer ; leurs parents n’étant plus en mesure de leur assurer le minimum. A la place du Ministre de l’enseignement supérieur , j’aurai tout simplement démissionné; et puis, de toute façon pour répondre à votre question, le ministre Makkaye n’a pas le pouvoir d’empêcher les fils des parents aisés de continuer à étudier avec l’argent de leurs parents ; au regard de cette situation, il est évident qu’il devrait avoir des remords ; mais connaissant la mentalité de tous les collaborateurs de Deby, je parie que le sort futur des étudiants à qui on lui a dit de couper la bourse est le dernier de ses soucis.

 

Le député Yorongar déclare sur les réseaux sociaux : «Déby crée artificiellement la banqueroute en thésaurisant l’argent alors qu'il se livre à des dépenses injustifiées tels que des voyages insensés. Ce dernier temps, il mène campagne en faveur de son protégé Moussa Faki, et non moins parent candidat à la présidence de la Commission de l'Union Africaine en dépensant sans compter. Des somptueuses dépenses engagées ne cadrent pas avec un pays en crise. Le Président François Hollande qui a attiré l'attention d'Idriss Deby Itno sur la banqueroute qu'encourt le Tchad doit revoir sa copie". Partagez-vous les propos de cet élu ?

 

Parfaitement ! C’est justement la conclusion à laquelle nous sommes arrivés à la CTDDH ; nous ajouterons même que ces agissements de Deby ne visent pas seulement l’accaparement par lui et ses parents de toutes les richesses nationales mais également et surtout à empêcher les autres tchadien d’en jouir ; rappelez-vous l’empressement de tous les membres du clan Itno et leurs proches soudanais à faire main basse sur l’or apparu dans la Région du Batha et le massacre d’orpailleurs autochtones par la garde prétorienne qui s’en est suivi ; nous avons la conviction que le but n’était pas pour la famille régnante de s’enrichir d’avantage mais également et surtout d’éviter que les ressortissants du Batha et les autres tchadiens ne s’enrichissent avec ce or apparu à fleur de terre. Au nom de l’état donc la famille de Deby et des soudanais continuent jusqu’aujourd’hui à exploiter impunément cette richesse nationale pour leur propre compte. Donc, cette déclaration du député Yorongar est d’autant plus justifiée que ces forfaits entrent en droite ligne dans sa politique d’asservissement programmé du reste des tchadiens à l’exclusion de ses parents ; le but étant ,nous le disons souvent, de créer au Tchad une société dans laquelle vivront une minorité de maîtres et une majorité de serviteurs ; nous pensons que 90% de cet objectif a été malheureusement atteint ; ainsi à N’djamena actuellement, il n’est pas rare de rencontrer un adolescent milliardaire issu du sérail organiser des fêtes somptueuses à l’occasion desquelles il lui arrive parfois de jeter l’équivalent de 80 à 100 millions en billets de banque sur les tètes des chefs d’orchestre pendant que son voisin, un tchadien lambda est en quête d’un petit billet de 500 francs CFA pour faire bouillir la marmite à ses enfants et parfois n’en trouve pas. Cette crise a bel et bien été artificiellement créée et donc froidement planifiée depuis longtemps dans un but précis.

 

Que suggérez-vous actuellement au gouvernement pour trouver des solutions efficaces et durables à la crise du moment ?

 

Le degré de délabrement et de putréfaction de l’état tchadien est tellement avancé que parler d’une simple crise est un euphémisme; le problème qui se pose n’est pas seulement celui de redresser la situation de crise dans laquelle se trouve l’état tchadien ; cet état actuellement n’a vraiment pas seulement besoin d’une refonte radicale et en profondeur ; la seule et unique solution à cette situation est le départ nécessaire d’Idriss Deby ; parce que tant qu’il continuera à être aux commandes de ce pays, cette grave crise fabriquée de toutes pièces ne sera jamais résorbée.

 

Quel est votre dernier mot au peuple Tchadien et à l’opinion internationale au terme de cette interview ?

 

Pour ce qui est du dernier mot au peuple tchadien, nous disons que personne ni aucune puissance étrangère ne viendra faire son bonheur ; il doit donc à l’instar des autres peuples prendre son destin en main.Quant aux puissances étrangères partenaires du Tchad, nous les appelons à être plutôt du côté du peuple tchadien ; les raisons qui expliquent leur soutien systématique au régime d’Idriss Deby à savoir la lutte contre le terrorisme ne sont pas défendables parce qu’avec ou sans lui, le Tchad est en mesure de combattre le terrorisme, et il le fera même mieux que ne le fait Deby, surtout en tenant compte des intérêts du peuple tchadien. Il est clair que de par le monde et particulièrement en Afrique, la plus part des alternances les plus durables a la tête des états ont toujours été imposées par les peuples ; le Tchad n’est pas très diffèrent de ces pays-là ; nous demandons donc à notre peuple de se décomplexer et de songer désormais à chasser Deby du pouvoir s’il veut vivre comme les autres peuples ; nous disons cela parce que les Tchadiens ne disposent même plus du minimum et il survivent difficilement : en ce moment à N’Djamena, seuls 27 % des habitants mangent trois fois par jour ; les 73% assurent difficilement le repas quotidien ; les chefs de famille après avoir pris leurs verre de thé matinal, sortent à la recherche d’un peu d’argent pour assurer le repas du soir ; le repas de midi étant devenu inaccessible ; mais même ce repas du soir ils n’arrivent à l’assurer qu’une fois sur deux. Le drame vécu par les habitants de nos villages et provinces sont d’autant plus inadmissibles que certains d’entre eux creusent des fourmilières pour survivre ; il n’y’a plus d’hôpitaux depuis plus de deux mois et le taux de mortalité est en ce moment vous vous en doutez en très forte hausse ; les enfants sont à la maison faute d’écoles et cela à cause des grevés consécutives à l’adoption par le gouvernement de ces seize mesures et surtout au non-paiement des salaires à termes échus ; tout cela se passe sous le silence du reste du monde. Les tchadiens doivent donc impérativement réagir pour changer leur situation actuelle.

   Propos recueillis par Moussa T. Yowanga/Ahmat Zéïdane Bichara 

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